Finie la comédie, de Donald Westlake

Publié le par Yan

finielacomédieAprès  Mémoire morte en 2012, voici un deuxième inédit de Donald Westlake exhumé après sa mort par un de ses confrères écrivains. Si c’est Lawrence Block qui s’était souvenu de  Mémoire morte, c’est Max Allan Collins qui avait gardé le manuscrit de Finie la comédie envoyé par Westlake au début des années 1980. Si l’on en croit la critique de Patrick Anderson dans le Washington Post, c’est parce qu’il craignait que son sujet soit trop proche du film de Martin Scorsese sorti au même moment, La valse des pantins (King of Comedy, 1983), que l’auteur aurait décidé de remiser son roman. Mais si le roman et le film ont en effet en commun de mettre en scène un célèbre animateur de télévision imbu de lui-même confronté à un ou des fous, la comparaison s’arrête là. 

Koo Davis est donc un acteur et animateur qui a connu la gloire entre les années 1950 et 1970 grâce notamment à ses tournées auprès des forces américaines en Corée puis au Vietnam et qui peine aujourd’hui à se renouveler. Après avoir des années durant tenté d’éviter dans ses shows comiques toute référence un peu trop politique afin de ménager le public, il s’aperçoit qu’il peine dorénavant à séduire un nouveau public dans un monde qu’il estime plus cynique. C’est que la jeunesse s’est de plus en plus politisée, que les mouvements pacifistes ou révolutionnaires ce sont développés et que Koo Davis, personnage qui évoque Bob Hope, apparait comme une survivance d’un monde en train de disparaître. Et c’est justement un groupe de jeunes activistes qui décide de l’enlever afin d’obtenir la libération d’une dizaine de « prisonniers politiques » détenus dans des pénitenciers fédéraux.

Bien entendu, rien ne va se passer comme prévu. Alors qu’un agent du FBI alcoolique sur le retour en quête d’une mission pour se relancer mène l’enquête, Koo Davis se confronte à ses ravisseurs, à leurs idéaux et à son propre passé.

Finie la comédie fait partie de ces romans de la veine la plus noire de Donald Westlake, comme Le couperet ou Le contrat. Si l’humour de Westlake est encore là et plane malgré tout sur l’ouvrage, il est ici plus cynique et surtout désenchanté qu’à l’accoutumée ; alors que les idéaux des années 1970 tendent à se déliter, Westlake aborde de front ce changement d’époque et la difficulté à s’adapter à la rapidité de l’évolution de la société. Si Koo Davis est un anachronisme, ses ravisseurs ne le sont pas moins. La société est passée à autre chose, ceux qu’ils entendent faire libérer aussi, et ils mènent un combat désespéré et perdu d’avance.

Intéressant, avec de beaux et bons moments, mais aussi des passages un peu trop bavards et très marqués par l’esprit du temps ou il a été écrit, Finie la comédie semble parfois un peu désuet et demande au lecteur un véritable effort pour se glisser dans le monde décrit par Westlake là où l’autre manuscrit retrouvé il y a quelques années,  Mémoire morte, semblait atemporel. Œuvre sans doute mineure dans la bibliographie de Westlake, ce roman malgré tout de bonne qualité intéressera pour l’essentiel les admirateurs – dont nous sommes – du grand Donald.

Donald Westlake, Finie la comédie (The comedy is finished, 2012), Rivages/Thriller, 2014. Traduit par Nicolas et Pierre Bondil.

Du même auteur sur ce blog : Pierre qui roule ; Comment voler une banque ; Jimmy the kid ; Personne n’est parfait ; Pourquoi moi ? ; Bonne conduite ; Dégâts des eaux ; Histoire d’os ; Au pire qu’est-ce qu’on risque ? ; Mauvaises nouvelles ; Voleurs à la douzaine ; Les sentiers du désastre ; Surveille tes arrières ; Et vous trouvez ça drôle? ;  Top réalité ;  Mémoire morte ; Envoyez les couleurs ;

Publié dans Noir américain

Commenter cet article