James Lee Burke : La Nuit la plus longue

Publié le par Yan

arton25163-3cbe8.jpg  On avait quitté Dave Robicheaux, à la fin de La descente de Pégase, alors qu’une tempête se levait. On le retrouve, dans La Nuit la plus longue, au moment ou Katrina s’apprête à ravager la Nouvelle-Orléans.

L’ouragan passé, Dave est envoyé en renfort dans une ville détruite où les secours ne savent plus où donner de la tête, où les victimes abandonnées à leur sort meurent lentement tandis que d’autres pillent où règlent leurs comptes. Après qu’un second ouragan a ravagé encore un peu plus la région, le vieux policier est chargé d’enquêter sur le meurtre de deux noirs dont le FBI soupçonne qu’ils ont pu être abattus de sang froid par un tranquille courtier en assurance dont la fille a été violée par des noirs quelques mois auparavant.

Toujours décidé à mener à bien son travail, Dave Robicheaux se met à dérouler un écheveau qui, une fois encore, va l’amener à se plonger dans les recoins les plus sombres de l’âme humaine.

Il faut être clair d’emblée. Amateurs d’intrigues au cordeau, claires comme de l’eau de roche, vous risquez d’être déçus. L’intrigue est ici secondaire. Elle n’est que le prétexte qui permet à James Lee Burke d’évoquer Katrina et l’après Katrina. Ce moment où sa ville a sombré dans le chaos et où une partie des humains qui l’habitaient sont retournés à l’état sauvage.

Les pages consacrées à la catastrophe elle-même sont d’une beauté à couper le souffle ; ces descriptions dignes d’un tableau de Jérôme Bosch sont sidérantes et, il faut bien le dire, éprouvantes. La blessure provoquée chez Dave Robicheaux et son ami Clete Purcell – et sans doute chez James Lee Burke – par l’ouragan est profonde. La gestion incompétente des secours et aides gouvernementales dans les mois suivants sont tout aussi révoltants.

Mais comme toujours chez Burke, ce sont les personnes qui comptent. Certes, on retrouve ici, comme souvent chez cet auteur, un personnage représentant le mal incarné, mais aussi une somme de personnages autrement plus complexes – à commencer par Dave et Clete – dont les motivations, les hésitations, les haines et les amours nous passionnent. Parce qu’ils se trouvent confrontés à une situation extraordinairement difficile, mais aussi parce qu’ils ne sont en fin de compte pas si différents de nous.

C’est finalement James Lee Burke qui le dit le mieux par la voix de son héros :

                « Je suis toujours surpris de voir que c’est en général parmi les membres les plus quelconques de notre communauté qu’on trouve les plus grandes complexités, et le plus grand courage. Des gens qui semblent aussi intéressants qu’un mur en pisé ont des histoires personnelles dignes des Grecs anciens. Il m’arrive de penser que l’existence de chaque personne, si on la transformait en flammes, serait suffisante pour détacher la chair des os. Je crois que le mot que je cherche, c’est « empathie ». On la trouve chez les gens qui n’ont apparemment aucune des caractéristiques des porteurs de flambeaux ».

La Nuit la plus longue est un roman à part dans l’œuvre de James Lee Burke. C’est sans doute aussi le plus beau de la série consacrée à Dave Robicheaux et à la Louisiane. Ça n’est pas peu dire.

James Lee Burke, La Nuit la plus longue, Rivages/Thriller, 2011. Traduit par Christophe Mercier.

Du même auteur sur ce blog : Vers une aube radieuse ; Swan Peak ; Jésus prend la mer ; La moitié du paradis ; L'arc-en-ciel de verre ; Texas Forever ; Déposer glaive et bouclier ; Creole Belle ; Dieux de la pluie ;

Publié dans Noir américain

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simone 04/12/2013 17:24

J'ai adoré ce livre, et avant, "La descente de Pégase" et "Dans la brume électrique"; les ecènes oniriques que sait créer Burke sont de la poésie pure, mais il y a aussi sa rage, sa colère qui sont
tout aussi belles...En 2012, aux Quais du polar, j'ai écouté Bertrand Tavernier parler de sa rencontre avec cet auteur, pour la réalisation du film, passionnant...Je n'ai lu qu'un volume de la
série texane, il y a longtemps et je n'en garde que peu de souvenir, la Nouvelle-Orléans me séduit plus sous sa plume

Yan 04/12/2013 17:29



La série des Robicheaux est incontestablement la meilleure. Pas de doute.



Pierre FAVEROLLE 02/06/2011 09:58


Salut Yan, quand tu dis que c'est le plus beau, ça me tente tellement que je vais le lire la semaine prochaine ! Amitiés


Yan 02/06/2011 10:21



Salut Pierre, je pense en effet que c'est le plus beau. Et pourtant j'ai aimé chacun des livres de James Lee Burke. J'espère que tu l'apprécieras autant que je l'ai apprécié. Amitiés.