Shit !, de Jacky Schwartzmann

Publié le par Yan

Thibault est de gauche et a des principes. Lorsqu’il est affecté dans un collège de Planoise, quartier « sensible » de Besançon, en tant que CPE, il décide de vivre sur place. Il s’aperçoit vite, toutefois, que l’appartement d’en face du sien est un point de deal tenu par des Albanais qui n’ont que faire des relations de bon voisinage. Tellement peu, d’ailleurs, qu’ils finissent par se faire descendre par un homme à la solde de leurs concurrents du quartier. Sur la scène du crime avant la police, Thibault et sa voisine, Madame Ramla, trouvent la cache des dealers et quelques cent kilos de shit. Rapidement, ils voient là l’occasion de jouer les bons samaritains dans la cité… sauf que tout va s’avérer plus compliqué que prévu.

Le motif est presque classique : l’honnête citoyen qui, parce qu’il constante la manière dont la société autour de lui se délite, voit dans l’illégalité un moyen de rééquilibrer un peu les choses, de se substituer à un État défaillant, et met le doigt dans un engrenage qui risque de le broyer. C’est parfois dramatique. Mais je vous rappelle qu’on parle ici d’un roman de Jacky Schwartzmann.

Place à la comédie, donc. Mais, de fait, une comédie sociale qui flirte parfois à sa manière avec le drame. Il y a dans la description du quartier à travers les yeux de Thibault une peinture drôle et acerbe de cette communauté, avec ses habitants qui se serrent les coudes, qui vivent d’expédients, qui traficotent et, dans le même temps tout ce qui les maintient dans la précarité et l’isolement. Ce n’est d’ailleurs pas pour rien que le premier motif de Thibault pour s’approprier l’argent du trafic est de pouvoir financer un voyage scolaire.

Cet aspect social était déjà présent dans les romans précédents de Jacky Schwartzmann, mais moins évident, parfois effacé derrière la caricature un peu forte ou le plaisir d’un bon mot. Avec Shit !, il semble que l’auteur trouve l’équilibre subtil qui fait la réussite d’une bonne comédie de genre. Aussi rocambolesque que soit la situation initiale, tout, ensuite, coule de source. Découvrant peu à peu que rien n’est simple dans le trafic et forcé de poursuivre dans cette voie pour tenir ses engagements, Thibault s’avance de plus en plus loin dans l’illégalité. Il y a dans son parcours une logique à la fois implacable et improbable. On retrouve par ailleurs le sens du dialogue et de la punchline de Jacky Schwartzmann dont on sent qu’il a su réfréner parfois ses saillies humoristiques pour mieux se mettre au service de son histoire. L’équilibre, donc, est là et, en fin de compte, on lit un roman à la fois drôle, émouvant et fin. Une réussite.

Jacky Schwartzmann, Shit !, Seuil, Cadre Noir, 2023. 314 p.

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Publié dans Noir français

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