Harpur et Iles (6) : Sans états d’âme, de Bill James

Publié le par Yan

Ron Preston, dit « Le Stratège » est un organisateur de braquages hors-pair. Cela fait longtemps que la police lui court après sans jamais pouvoir lui mettre la main dessus. C’est que Preston, outre sa formidable capacité de planification est aussi très prudent, pas du genre à se lancer sur un coup s’il sent qu’il y trop de risques. Et justement, ce plan de braquage d’un fourgon transportant la paye des salariés d’une usine qu’il avait prévu de mener commence à lui sembler risqué : trop d’argent, un changement dans le nombre de gardes… des petits détails qui éveillent chez le truand vieillissant une certaine méfiance. On pourrait penser qu’avec l’âge, ce sixième sens s’est développé chez Preston et qu’il a continué à gagner en sagesse. Ou bien, comme les jeunes qu’il vient de recruter et même sa fille chérie, qu’il se ramollit. Alors, par vanité, pour montrer qu’il est toujours le chef, un brillant et audacieux tacticien, Le Stratège décide de se lancer malgré tout, fort d’un informateur d’exception au sein des forces de police.

Harpur et Iles sont bien entendu toujours là, toujours obsédés l’un par sa relation extraconjugale avec la femme d’un de ses subalternes, l’autre par les incartades de sa propre épouse avec un truand de seconde zone. Ce qui ne les empêche toutefois pas – pas complètement en tout cas – de s’intéresser à un de leurs hommes qui semble un peu trop proche de la pègre locale.

S’ils ont donc toujours leur importance et si Bill James continue à approfondir la relation qui unit les deux policiers avec toute son ambigüité, ce partage entre respect et haine mutuels, l’auteur les laisse cependant un peu la marge de ce sixième épisode de la série (et non pas septième comme l’indique la quatrième de couverture qui s’appuie malheureusement sur la parution de ce cycle commencée dans le désordre chez Rivages).

Ce qui compte ici, ce sont les états d’âmes de Ron Preston, sa relation avec sa fille et avec ses hommes ainsi que la manière dont il monte ce plan dont les rouages a priori parfaitement graissés, commencent à se gripper les uns après les autres, entre petites trahisons, grosses bêtises, dissimulations et lutte des générations. La quatrième de couverture – encore elle – évoque Les Soprano. Il y de ça, parfois, mais on pense aussi et surtout aux plans du Parker de Richard Stark, techniquement sans accrocs a priori, mais souvent mis à bas par l’imprévisible facteur humain. Ce faisant, sans perdre l’ironie qui est sa marque de fabrique, Bill James livre un roman bourré de suspense qui, s’il n’est sans doute pas nécessaire en soi à la série en ce qu’il relègue au second plan Harpur et Iles (encore que, on imagine bien que des éléments semés ici auront plus tard leur importance), n’en est pas moins un roman de braquage extrêmement bien maîtrisé et prenant.

Bill James, Sans états d’âme (Take, 1990), Rivages/Noir, 2007. Traduit par Danièle Bondil. 383 p.

Du même auteur sur ce blog : Raid sur la ville ; Lolita Man ; Le cortège du souvenir ; Protection ; Franc-jeu ;

Publié dans Noir britannique

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