Raylan, d’Elmore Leonard

Publié le par Yan

raylanVoici donc l’ultime roman d’Elmore Leonard qui vient plutôt bien boucler la boucle de l’œuvre de ce romancier maintes fois adapté au cinéma où à la télévision. En effet, Raylan Givens, héros de ce roman était d’abord apparu dans deux (excellents) romans, Pronto et Beyrouth-Miami, puis dans une nouvelle, Mineurs (dans le recueil Quand les femmes sortent pour danser), cette dernière inspirant le point de départ de la série Justified dont Givens est le héros. Et Leonard de revenir à ce personnage après qu’il a connu le succès télévisuel (cinq saisons, une sixième annoncée), le replaçant dans son Kentucky natal où il était revenu dans Mineurs et où il évolue maintenant dans sa version télévisée.

On retrouve là, outre Raylan, la famille de dégénérés Crowe qui a essaimé de la Floride au Kentucky et dont deux des rejetons viennent de se lancer dans un nouveau trafic juteux consistant, avec la complicité d’une infirmière de bloc opératoire, à droguer des gens pour leur voler leurs reins pendant leur sommeil et les leur revendre le lendemain, ainsi que l’ancien ami devenu adversaire de Raylan, Boyd Crowder, devenu un homme de main de l’entreprise minière qui voudrait exploiter jusqu’à l’os le comté de Harlan.

Il est indéniable, on l’a déjà dit ici en parlant notamment de Djibouti et de  Connivence avec l’ennemi, et Laurent Chalumeau l’avance aussi dans le n° 117 de la revue 813 , que les derniers romans de Leonard sont sans doute moins bons que ceux qu’il avait pu écrire jusqu’il y a dix ou quinze ans[1], et, par bien des aspects, on pourrait sans doute dire aussi cela de ce Raylan à la construction un peu artificielle. Sorte d’amalgame de trois novellas mettant en scène d’abord les Crowe voleurs d’organes, puis Crowder et l’employée sans scrupule envoyée par la direction de la compagnie minière pour se débarrasser, définitivement parfois, de toute opposition à l’extension de l’exploitation, et enfin un gang de braqueuse et une jeune championne de poker, Raylan est incontestablement bancal à certains moments.

Pourtant en s’appuyant sur son personnage principal, ce marshall ultracool et futé, archétype du héros leonardien, et en le faisant se confronter à des truands tour à tour abrutis ou dotés d’une intelligence égale à leur vice, à des femmes fatales et à des manipulateurs se voyant plus malins qu’ils ne le sont, Elmore Leonard retrouve régulièrement dans ce roman le souffle qui portait ses meilleurs livres, les dialogues qui claquent, le trait d’humour qui tombe toujours à bon escient et cueille le lecteur là où il ne s’y attendait pas forcément.

Bref, si Raylan n’atteint pas le degré de perfection de romans comme Hors d’atteinte, Homme inconnu n° 89, La Brava ou Get Shorty, il se trouve être particulièrement recommandable ; une beau dernier tour de piste avant de baisser définitivement le rideau.

Elmore Leonard, Raylan (Raylan, 2012), Rivages/Thriller, 2014. Traduit par Pierre Bondil.

Du même auteur sur ce blog : La guerre du whisky ; Punch Créole ;  Connivence avec l’ennemi ;  Djibouti ; Permis de chasse ; Cinglés! ; Charlie Martz et autres histoires ;

 

[1] Chalumeau met cela sur le compte de la parution des Dix règles d’écriture de Leonard qui l’aurait finalement poussé à une « über-stylisation », forçant son écriture jusqu’à se caricaturer parfois.

Publié dans Noir américain

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