Manque de punch ? Punch créole, d’Elmore Leonard

Publié le par Yan

15241.jpgCela faisait un moment que Punch créole trainait sur une étagère. Peu ou prou depuis la sortie au cinéma de Jackie Brown, l’adaptation qu’en a fait Quentin Tarantino. Ce qui nous ramène à 1997. On ne rajeunit pas. J’avais bien aimé le film en question quoi que, à mon avis, il soit un peu poussif parfois et tienne essentiellement sur la bande-son, quelques dialogues percutants ou amusants et les personnages de Max Cherry (magnifique Robert Forster en espèce de prêteur de caution aux airs de Droopy) et Louis (De Niro en braqueur paumé, défoncé et plutôt limité), plus que sur ceux d’Ordell et Jackie.

Après cela, donc, bien que j’aie acheté le livre, j’ai fini par le laisser prendre la poussière, et d’autres lectures, y compris tous les autres romans d’Elmore Leonard, sont passées avant lui. Ce qui ne m’a pas empêché, toutes ces années durant, de fantasmer dessus et d’imaginer que ce sagouin de Tarantino avait sans doute, en changeant le lieu de l’action (Los Angeles au lieu de Miami) et en voulant imposer sa griffe, un peu saccagé le bouquin.

L’histoire est relativement simple au départ. Jackie, hôtesse de l’air sur une compagnie intérieure, fait passer de l’argent entre les Bahamas et la Floride pour le compte d’Ordell Robbie, trafiquant d’arme vantard et sans doute pas aussi malin qu’il veut s’en donner l’air. Elle finit un jour par se faire agrafer par la police et envoyer en taule. Ordell passe par Max Cherry, prêteur de caution pour la faire libérer. Max tombe amoureux de Jackie qui, fatiguée d’un boulot mal payé et de se faire entuber par la vie décide de tirer son épingle du jeu en jouant sur deux tableaux, promettant aux flics de leur livrer Ordell, et à Ordell de lui permettre d’échapper aux flics. La situation se complique bien sûr avec la présence de Louis, ancien complice d’Ordell, braqueur bas du front qui vient de sortir de taule, et de Mélanie, plus ou moins petite amie d’Ordell, qui aimerait bien se tirer avec le pognon de ce dernier.

Bref, on se trouve là face à une classique histoire à la Elmore Leonard : des personnages forts en gueule qui essaient chacun d’arnaquer les autres et certains, plus cools que les autres, plus malins, qui vont tenter à leur tour de profiter de la mêlée pour tirer le gros lot. Rien de bien nouveau, mais c’est aussi ce que l’on aime généralement chez Leonard qui transpose une fois sur deux la même trame, tout le charme tenant à ces petits détails qui changent et subliment l’histoire grâce au talent de dialoguiste et de metteur en scène de l’auteur.

Pourtant, avec Punch créole, cela ne passe pas forcément aussi bien. Sans doute l’histoire devient-elle trop vite trop complexe (si vous n’avez pas tout compris à l’échange des sacs en voyant Jackie Brown, je ne vous garantis pas que vous aurez une révélation en lisant Punch créole) et l’on a tôt fait de se perdre dans les circonvolutions du plan machiavélique monté par Elmore Leonard. Bien sûr, les dialogues sont là, ainsi que des personnages hauts en couleurs, mais cela ne suffit pas. Ordell a trop défauts sans pour autant être un méchant vraiment charismatique, Jackie est un peu trop parfaite pour qu’on l’aime vraiment, et, en fin de compte, on s’intéresse plus aux seconds rôles, Max, Mélanie et Louis, qui ont sans doute plus d’épaisseur.

Et je m’aperçois donc que, en fait, Tarantino s’est montré plutôt fidèle au livre et a surtout pêché par une mise en scène sans grande imagination. Ce qui s’avère être le défaut essentiel du film – à mon avis, d’autres trouvent que c’est sa principale qualité – , ce rythme faussement nonchalant qui aboutit à un embrouillamini final difficilement compréhensible, tout comme ce qui s’avère en être son meilleur atout, ces dialogues ultraréférencés où le premier et le second degré de l’humour se mêlent allègrement, vient de ce qu’il s’agit d’une adaptation fidèle du roman.

Alors certes, cela reste un bouquin d’Elmore Leonard, et on ne peut donc nier qu’il s’agit d’un plutôt bon roman. Toutefois, il apparait aussi plus poussif que la plupart de ses autres livres. À trop vouloir accumuler les personnages et les rebondissements, Elmore Leonard nous perd parfois et ça pourrait être dommage s’il n’y avait pas dix ou vingt de ses romans pour rattraper le coup.

Elmore Leonard, Punch Créole, Rivages/Thriller, 1994. Rééd. Rivages/Noir, 1998. Traduit par Michel Lebrun.

Du même auteur sur ce blog : La guerre du whisky ; Connivence avec l'ennemi ; Djibouti ; Permis de chasse ; Raylan ; Cinglés! ; Charlie Martz et autres histoires ;

Publié dans Noir américain

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Dominique Sylvain 24/12/2011 09:10

L'intrigue de ce roman est pourtant subtile, je trouve, et comme toujours l'héroïne est très réussie. Mais effectivement, même si cela reste un excellent roman, Leonard a fait mieux. De mon point
de vue, ses meilleurs romans sont "Get Shorty" (inoubliable Chili Palmer) et "Killshot" (roman à la fois drôle, émouvant et violent). Avec une mention spéciale pour Freaky Deaky (une histoire de
terroristes très ironique). Personne n'écrit comme Leonard. James Hall a essayé. Résultat intéressant mais pas aussi fluide et acéré en même temps, marque de fabrique du grand Dutch.

Yan 24/12/2011 10:05



Peut-être en attendais-je trop. Je suis de toute manière entièrement d'accord avec toi pour dire que Leonard est inimitable. Son sens du dialogue est remarquable, tout comme la facilité avec
laquelle il sait instiller avec mesure l'humour ou le suspense dans ses romans. J'ai moi aussi une tendresse particulière pour Zigzag Movie (Get Shorty) et aussi pour ses westerns. Plus
récemment, j'avais beaucoup aimé Tishomingo blues.