Connivence avec l’ennemi, d’Elmore Leonard

Publié le par Yan

connivenceaveclennemiTroisième volet de la série de romans consacrés au marshal Carlos Webster publié en France après Le Kid de l’Oklahoma et Hitler’s Day, Connivence avec l’ennemi apparait comme un livre un peu à part. D’abord parce qu’il a été publié aux États-Unis entre les deux romans cités ci-avant. Ensuite parce qu’il est initialement paru sous forme de feuilleton dans le New York Times. Ceci explique ce qui peut apparaître comme des incongruités aux lecteurs fidèles de Leonard : des chapitres (qui apparaissent comme des nouvelles) qui reprennent presque mot pour mot certains passages du Kid de l’Oklahoma pour poser les personnages de Carl Webster et de son père qui contrastent avec l’absence de références à l’intrigue de Hitler’s Day, si ce n’est la présence de Jürgen Shrenk, que Carl poursuit justement dans ce roman.

Shrenk, donc, fait normalement son apparition dans Connivence avec l’ennemi, même si le lecteur français a déjà eu l’occasion de le croiser. L’intrigue, ici, tiendrait sur un timbre poste : nous sommes en 1944 et, dans le bled paumé de l’Oklahoma où demeure et travaille Webster, se trouve un camp de prisonniers allemands. L’un d’entre eux a été exécuté par un groupe qui chercherait à organiser une évasion massive, et Carlos Webster entend se servir de Jürgen Shrenk, qui a la fâcheuse habitude de faire le mur du camp pour aller retrouver la belle Shemane, pour les confondre.

Elmore Leonard, à sa manière habituelle, va rajouter dans le tableau quelques éléments plus ou moins perturbateurs : un gangster juif, Louly, l’épouse de Webster instructrice chez les marines, Gary le jeune marshal qui voudrait avoir la gâchette aussi facile que Webster…

Autant dire donc que l’on ne trouvera dans ce Connivence avec l’ennemi, qu’un roman loin de sortir du lot de la production pléthorique d’Elmore Leonard. On y retrouve le héros rapide de la gâchette et sûr de lui, quelques truands bas du front, des femmes fortes et fatales, des dialogues savoureux… Reste que – et cela tient sans doute à la publication sous forme de feuilleton – on a plus l’impression de lire le récit d’une anecdote étirée à l’extrême (à la manière, d’ailleurs dont les raconte Carlos Webster lui-même) plutôt qu’un roman à l’intrigue léchée.

On y gagne sans doute en fraîcheur ce que l’on y perd en rigueur et, au final, après (ou avant selon que l’on est américain ou français) le plutôt ennuyeux Hitler’s Day, on prend un certain plaisir à cette lecture divertissante mais sans conséquences qui ne fait que survoler et placer en toile de fond des éléments que l’on aurait pu avoir envie de voir développés, en particulier à propos de la réception en Amérique des premières informations sur le génocide orchestré par les nazis. Vite lu, avec plaisir de surcroit, Connivence avec l’ennemi ne fera donc toutefois pas partie des romans inoubliables d’Elmore Leonard.

Elmore Leonard, Connivence avec l’ennemi (Comfort to the Enemy, 2009), Rivages/Thriller, 2012. Traduit par Johanne Leray.

Du même auteur sur ce blog :  La guerre du whisky ;  Punch créole ; Djibouti ; Permis de chasse ; Raylan ; Cinglés! ; Charlie Martz et autres histoires ;

Publié dans Noir américain

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Jean-Marc 15/06/2012 09:53

Gasp, je vais donc le laisser de côté pour les vacances ...

Yan 15/06/2012 19:28



Oui, c'est un bon roman pour les vacances.