Des femmes à poigne : Du sang dans la sciure, de Joe Lansdale

Publié le par Yan

Du-sang-dans-la-sciureL’actualité étant depuis quelques semaines focalisée sur la question des relations hommes-femmes et sur le machisme, il m’aurait paru dommage de passer à côté de l’occasion et de ne pas parler de Du sang dans la sciure, de Joe Lansdale.

Dans l’East Texas des années 1930, Sunset, épouse du constable de la petite ville de Tyler, colle une balle dans la tête de son mari qui s’apprêtait à la violer une fois de plus. On l’arrêterait bien, mais son mari étant le seul policier du patelin, il faut d’abord lui élire un successeur. Sunset bénéficie du soutien inattendu de sa belle-mère, propriétaire de la majorité des parts de la scierie qui fait vivre la ville, et se trouve propulsée à ce poste. Secondée par deux adjoints –  le jeune, beau et mystérieux Hillbilly qui vient de débarquer à Tyler après avoir tué deux vagabonds qui voulaient lui faire la peau et Clyde, ouvrier bourru – elle se trouve vite en bute à l’hostilité d’une partie de la population, et en particulier d’Henry Shelby, deuxième actionnaire de la scierie qui se verrait bien maire de la ville. Rien ne s’arrange avec la découverte d’un cadavre de nourrisson, puis de la mère de ce dernier sur les terres du seul propriétaire noir de la région.

Joe Lansdale nous amène une nouvelle fois dans l’East Texas et quelques décennies en arrière, dans le droit fil des Marécages et de Sur la ligne noire. Comme pour ces deux précédents ouvrages, on est loin des aventures de Leonard Pines et Hap Collins. Tout y est d’un noir un peu plus profond, l’humour moins présent sans doute. Ce polar est avant tout l’occasion de nous faire découvrir la société de cet État du Sud profond au moment de la Dépression, avec quelques moments, rares mais éloquents, évoquant la vie des hobos et des familles de journaliers errant à travers le pays à la recherche d’un peu de travail et d’une vie meilleure. Aussi, mais le thème est plus habituel chez Lansdale, on découvre une société profondément divisée entre les noirs et les blancs. Enfin, on voit apparaître une autre opposition entre les hommes et les femmes… surtout lorsqu’elles ont le pouvoir.

Bref, voilà à nouveau un bon Lansdale, sans doute pas le meilleur, mais toujours agréable à lire. On ne louera jamais assez les talents de conteur de cet écrivain.

Joe Lansdale, Du sang dans la sciure, Éditions du Rocher, 2008. Rééd. Folio Policier, 2010. Traduit par Bernard Blanc.

Du même auteur sur ce blog : Les marécages ; Les aventure de Hap Collins et Leonard Pines ; L'arbre à bouteilles ; Le mambo des deux ours ; Entretien ; Bad Chili ; Tape-cul ; Tsunami mexicain ; Vanilla Ride ;  Diable Rouge ; Les mécanos de Vénus ; Les enfants de l'eau noire ;  

Publié dans Noir américain

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