Kobra, de Deon Meyer

Publié le par Yan

Deon Meyer nous a habitué au meilleur – il y a assez longtemps – comme à une production bien plus banale – récemment.

Kobra ne dépare donc pas dans la production récente de Meyer qui a peu à peu laissé de côté ou relégué en fond le portrait complexe qu’il pouvait faire de la société sud-africaine post-apartheid tiraillée par les tensions ethniques et les comptes mal réglés. Place au thriller, donc, plus qu’au roman noir.

Point de départ ici, l’assassinat de trois gardes du corps dans une propriété des environs du Cap et l’enlèvement du scientifique anglais sur lequel les trois victimes veillaient. Chargé de l’enquête, Benny Griessel se trouve vite confronté à la mauvaise volonté que mettent les autorités britanniques et sud-africaines à l’assister dans sa tâche. Dans le même temps, on suit l’itinéraire de Tyrone Kleinbooi, jeune pickpocket qu’un malheureux hasard va pousser à croiser le chemin du tueur.

Comme dans 7 jours ou 13 heures, Deon Meyer choisit donc de jouer la carte de l’action circonscrite dans le temps, et les récits croisés des trajectoires de divers protagonistes nécessairement amenés à se retrouver  pour que l’histoire s’achève. Et Comme dans 7 jours ou 13 heures, l’auteur connait son boulot. Il ménage le suspense, campe des personnages intéressants – en particulier Tyrone à travers le regard duquel on peut vaguement distinguer un peu la société dans laquelle il évolue – et fait monter la tension jusqu’à un final riche en action.

En soi, Kobra est donc un bon divertissement, un roman qui fait agréablement passer un voyage en train ou une après-midi pluvieuse. Mais on peut regretter que Deon Meyer, préoccupé avant tout par l’efficacité du suspense délaisse de plus en plus le fond politique, historique et social qui faisait la richesse de ses premiers romans. En fin de compte Kobra pourrait tout aussi bien se dérouler en Afrique du Sud, qu’aux États-Unis, en Australie ou même en France

Si l’on recherche un thriller tendu est efficace, on peut foncer. Si on veut que le fond vienne soutenir la forme, découvrir un peu la société sud-africaine contemporaine, on se tournera plus volontiers vers l’excellent Mike Nicol.

Deon Meyer, Kobra (Kobra, 2013), Seuil Policiers, 2014. Rééd. Points Policier, 2015. Traduit par Estelle Roudet. 494 p.

Du même auteur sur le blog : 7 jours ; 13 heures ; À la trace ;

Publié dans Noir africain

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