Les cœurs déchiquetés, d’Herve Le Corre

Publié le par Yan

lescoeursdéchiquetésLe commandant de police Pierre Vilar ne s’est jamais remis de la disparition de son fils, Pablo, enlevé à la sortie de son école et, depuis, l’espoir se disputant à la raison il court après des fantômes.

De son côté, Victor, collégien, retrouve sa mère morte, battue à mort. Commence pour lui le long chemin d’un deuil bien difficile à faire lorsque l’on se retrouve entrainé dans le parcours chaotique des foyers et des familles d’accueil de l’aide à l’enfance.

Le lien entre Victor et Vilar, c’est bien entendu que le commandant de police est chargé de l’enquête sur le meurtre de la mère de l’enfant. Mais c’est aussi cet homme mystérieux qui semble suivre à la fois le policier et le jeune garçon.

S’il prend la forme d’un thriller et se conclut comme tel, Les cœurs déchiquetés est avant tout un roman sur le deuil, sur l’indicible douleur de l’absence, et sur la violence subie par les enfants, qu’elle soit directe ou par rebond. C’est aussi à travers les personnages de Nadia, la mère de Victor, de Marianne, la collègue de Vilar, ou de Nicole, la mère de la famille d’accueil, et Marilou et Rebecca, une belle série de portraits de femmes ; des femmes fortes par nécessité dans un monde où, comme les enfants, elles sont les cibles privilégiées de la violence.

La force d’Hervé Le Corre dans ce roman, c’est cette capacité à mettre des mots justes sur ces douleurs sans que jamais, pour autant, l’histoire ne sombre dans le mélo facile. C’est aussi cette profonde noirceur, cette absence d’illusions sur la nature humaine et la capacité des choses à s’arranger malgré tout qu’il expose au lecteur depuis ses premiers romans[1]

Si la traque du tueur par Vilar, tout comme la traque de Vilar et de Victor par le tueur, vient insuffler à l’action cette urgence qui la pousse à s’accélérer pour mieux accrocher le lecteur jusqu’à une révélation finale qui pour être honorable ne sort pas particulièrement des chantiers battus du thriller, c’est bien en effet l’atmosphère créée par Hervé Le Corre autour de ses personnages, et notamment autour de Victor et des autres enfants qui croisent sa route, qui donne sa puissance à ce roman. Dans la touffeur de cet été girondin, Le Corre plonge dans les cœurs de ses personnages et nous y entraine avec lui. Ça n’est pas toujours très joli, c’est noir et même vénéneux parfois, mais il arrive toutefois à conférer à tout cela une véritable beauté.

Hervé Le Corre, Les cœurs déchiquetés, Rivages/Thriller, 2009. Rééd. Rivages/Noir, 2012.

Du même auteur sur ce blog : Après la guerre ; Prendre les loups pour des chiens ;

 

[1] Je n’ai pas (encore) lu le tout premier, La douleur des morts, mais je puis vous assurer que Du sable dans la bouche est l’un des romans français les plus sombres et désespérés des années 1990.  

Publié dans Noir français

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christophe 14/12/2013 19:02

Je connais des gens bien qui avaient republié les 3 premiers romans d'Hervé à la SN…
sinon, le prochain est annoncé pour l'année prochaine, good news, non ?

Yan 14/12/2013 20:59



Oui, c'est marrant, je viens juste d'acheter un bouquin publié par l'Ours Polar avec les trois romans en question.
Et puis, oui aussi, bonne nouvelle que cette sortie annoncée.



Serge 31 14/12/2013 00:59

J'ai lu "Du sable dans la bouche" cet été, et je partage ton avis. Tu ne seras pas déçu par son tout premier Série Noire, crois-moi. Ce qu'il y a de fascinant chez Le Corre, c'est sa (forcément
fausse) simplicité d'écriture. Il y a peu d'auteurs français qui rendent aussi spontanément palpable la souffrance et douleur de ses personnages.

Yan 14/12/2013 12:48



Oui, Le Corre est d'évidence un grand et discret styliste. Bon. Il ne me reste plus qu'à trouver ce premier SN. À plus, Serge.



yossarian 13/12/2013 14:07

Très bon souvenir
http://yossarian.over-blog.com/article-les-coeurs-dechiquetes-110874086.html

Yan 13/12/2013 14:35



Yep!