La guerre des vanités, de Marin Ledun

Publié le par Yan

La guerre des vanitésQuand cinq adolescents se suicident le même jour dans la petite ville de Tournon, les autorités entendent bien répondre à l’émoi provoqué dans la population. D’autant plus que l’on s’aperçoit rapidement que ces suicides ont été filmés. C’est le lieutenant Korvine qui traverse le Rhône depuis Valence et vient enquêter sur place. Korvine qui a quitté la ville il y a bien longtemps et entendait bien n’y jamais revenir.

C’est un étonnant roman noir qu’a écrit Marin Ledun avec cette Guerre des vanités. Un roman dont, quelques jours après la lecture on peine encore à savoir s’il s’agit d’un livre très malin ou si, au contraire, l’auteur s’est contenté de balader le lecteur en lui donnant cette illusion.

Je m’explique. Marin Ledun nous raconte une enquête qui, au fond, pourrait n’être que routine impuissance. En effet, tout au long de ce roman et jusqu’à son dénouement Korvine fait la preuve de son inutilité. Non seulement les suicides continuent, mais, de plus, on ne saura jamais vraiment pourquoi ils ont eu lieu. C’est d’ailleurs sans aucun doute là que réside la plus grande faiblesse de ce roman : une véritable carence dans l’explication, trop courte, peut-être trop simpliste… à moins bien sûr qu’elle ne dissimule autre chose, ce qui fait penser que Ledun aurait alors pu commencer un autre roman dont celui-ci n’aurait été qu’un (long) prologue.

Il ne faut toutefois pas, à mon sens, se focaliser sur cette faiblesse ou même sur l’enquête de Korvine qui n’est finalement là que pour révéler partiellement la manière dont Tournon semble dévorer ses enfants. Car c’est bien Tournon la cannibale[1], la petite ville de province vaguement chabrolienne, avec son chirurgien-notable-tout-puissant, qui en est le personnage principal et qui se meut dissimulée sous les cadavres ou les eaux tumultueuses du fleuve, pour mieux échapper au regard de l’étranger indésirable. Exorciste impuissant confronté à une ville dont il comprend peu à peu le fonctionnement vicieux de liens sociaux corrompus par la peur du regard des autres qui pousse à dissimuler les petits travers comme les pires avanies jusqu’à de libératrices explosions de violence à l’égard de boucs émissaires, Korvine part perdant malgré son opiniâtreté.

Conte cruel et retors, La guerre des vanités est-il alors, si l’on doit user de superlatifs, un roman génial ou une escroquerie ? Ni l’un ni l’autre, sans doute. Ce qui est certain, en tout cas, c’est que la légèreté de sa conclusion, frustrante à bien des égards, ne doit pas faire oublier la façon dont Ledun réussit à créer avec brio cette atmosphère trouble, à donner vie à ce personnage de ville hantée par un mal diffus et à rendre passionnant le parcours d’un policier en bout de course constamment dépassé par les événements. C’est malin donc, et agréablement malsain.

Marin Ledun, La guerre des vanités, Gallimard, Série Noire, 2010. Rééd. Folio Policier, 2013. 

Du même auteur sur ce blog : Les visages écrasés ; L'homme qui a vu l'homme ; Au fer rouge ;

 

[1] On se demande d’ailleurs comment ce roman fut accueilli à Tournon, puisque Marin Ledun a jugé bon de placer son histoire dans une ville réelle.

Publié dans Noir français

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Tasha 28/03/2013 20:18

Ah je viens juste de l'acheter, je suis très intriguée, notamment par ce que tu dis sur la fin! J'ai aimé Les visages écrasés, on verra bien.

Yan 28/03/2013 20:51



On en reparlera, alors!



christophe 28/03/2013 15:57

Tiens, pour en savoir plus
http://www.k-libre.fr/klibre-ve/index.php?page=interview&id=130

Yan 28/03/2013 20:04



Merci!