À lui de vous faire préférer le train. Raúl Argemí : Patagonia tchou-tchou

Publié le par Yan

PatagoniaTchouLe polar Les morts perdent toujours leurs chaussures, m’avait enchanté. J’y avais découvert les talents de conteur et la fantaisie d’Argemí. Et pourtant, même si la barre était à mon avis placée assez haut, on me disait, de ci, de là, que ce n’était pas ce que l’auteur argentin avait fait de mieux.

En effet, les aventures de Butch Cassidy et de Juan Batista Bairoletto dans la Trochita, petit train qui dessert à une vitesse fulgurante, variant de zéro à quarante-cinq kilomètres/heures, 400 km de voies au fin fond de la Patagonie, viennent le confirmer : Raúl Argemí, avec Patagonia tchou-tchou, nous offre une histoire encore plus belle et plus folle que dans son roman précédent.

Butch et Bairoletto, sont en fait un ancien marin et un ancien conducteur de métro au chômage (même si le premier revendique être le petit-fils du Butch Cassidy original). Deux idéalistes et surtout deux bras cassés, qui ont décidé de prendre en otage les passagers de ce petit train dans lequel doit être convoyé Beto, le frère de Butch, à l’occasion d’un transfert de prison. Ce qui n’était pas prévu – rien, d’ailleurs, ne l’était vraiment – c’est que les passagers et l’équipage, une vingtaine d’altermondialistes allemands, une indienne mapuche enceinte jusqu’aux yeux, un couple de paysans… feraient preuve d’un aussi bon esprit en fraternisant presqu’aussitôt avec leurs kidnappeurs.

Dès lors démarre une lente odyssée patagone surréaliste où l’on verra un sénateur de droite candidat à la présidentielle prendre quasiment en otages les preneurs d’otages, un match de foot Argentine-Reste du monde joué dans  la neige avec une pomme de pin, les envolées revendicatives de Bairoletto et ses prouesses sexuelles inattendues au milieu des poules…

Cette escapade burlesque est servie par un style classique et fluide, une sorte d’humour distancié et flegmatique, qui fait tout le charme d’Argemí. Pour autant, il ne s’agit pas que d’une farce. C’est aussi la chronique d’un monde qui se délite mais dans lequel la camaraderie et la solidarité, portées par les utopies, ont encore droit de cité. D’un optimisme loin d’être béat –et certaines scènes sont même carrément tristes – Patagonia tchou-tchou enchante et met du baume au cœur. Une saine lecture.

Raúl Argemí, Patagonia tchou-tchou, Rivages/Noir, 2010. Traduit par Jean-François Gérault.

Du même auteur sur ce blog : Les morts perdent toujours leurs chaussures ; Ton avant-dernier nom de guerre

Publié dans Noir latino-américain

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Richard 15/10/2011 15:42


Je ne connais pas cet auteur mais je l'inscris immédiatement sur ma liste d'achats.
Merci !!


Yan 15/10/2011 16:45



Je ne le connaissais que de nom jusqu'à cet été et les deux romans que j'ai lu m'ont enchanté.



Jean-Marc Laherrère 14/10/2011 23:18


Enchanté de te voir conquis. Ce roman avait été un de mes gros coups de cœur de l'an dernier. Il mériterait vraiment d'être lu par tous.


Yan 15/10/2011 07:59



Oui, Jean-Marc, on est pas loin du conte philosophique et cela mérite effectivement d'être lu par beaucoup de monde, surtout par les temps qui courent.