Somnambule, de Joseph Knox

Publié le par Yan

Martin Wick a passé plus de dix ans en prison, où il a échappé à plusieurs tentatives de meurtre. Il faut dire que celui que les journaux ont appelé le Somnambule, a été accusé d’avoir massacré une famille entière et a toujours dit ne se souvenir de rien. Aujourd’hui, il se meurt d’un cancer en phase terminale, attaché à un lit d’hôpital et sous la surveillance d’Aidan Waits et de son coéquipier, Sutty, chargés de recueillir d’éventuelles ultimes confessions. Celles-ci semblent être sur le point de venir lorsque Wick est transformé en torche humaine par un inconnu qui, au passage, tue le planton posté devant la chambre et blesse grièvement Sutty. Lesté d’une nouvelle coéquipière chargée de le surveiller, pris entre les desseins inavouables de son chef, l’ambitieux et manipulateur superintendant Parrs, et de Zain Carver, le chef de gang qui rêve de l’éliminer, Aidan Waits va avoir fort à faire pour éviter de sombrer.

C’est un Aidan Waits encore plus fracassé que dans les précédents romans de Joseph Knox que l’on retrouve dans Somnambule. Partagé entre son instinct de survie et ses tendances autodestructrices, l’inspecteur est ici écrasé par son impuissance. Poussé à avancer pour éviter que le rouleau compresseur constitué par tous ceux qui veulent sa peau – au sens propre comme au sens figuré – ne l’écrase en même temps que sa coéquipière, il est par ailleurs confronté à une enquête d’autant plus compliquée qu’elle touche quantité de personnes aux intérêts souvent divergents. Anciens détenus, journalistes, flics à la retraite ou encore en fonction, familles de victimes réclamant vengeance… voilà toute une procession de personnages qui ont pour les uns quelque chose à cacher, pour d’autres des raisons de mettre des bâtons dans les roues de Waits et pour d’autres encore les deux à la fois.

Autant dire qu’après Sirènes et Chambre 413, déjà bien sombres, Joseph Knox, avec Somnambule, enfonce encore un peu plus son personnage dans les ténèbres. À tel point d’ailleurs Knox arrive à faire en sorte que même les scènes de jour semblent se passer la nuit. On pourra peut-être regretter dans le dernier tiers du roman, une succession de révélations et rebondissements un peu trop dense. Une faiblesse vite rattrapée par une fin qui s’avère finalement réussie en ce qu’elle arrive à préserver la noirceur tout en laissant filtrer un soupçon de lumière.

Bref, une fois de plus, Joseph Knox, avec son héros hanté par des démons inexpugnables contre lesquels il semble avoir renoncé à lutter, nous offre un roman d’une grande noirceur adoucie par un humour à froid réjouissant et mené tambour battant. Un plaisir.

Joseph Knox, Somnambule (The Sleepwalker, 2019), Éditions du Masque, 2020. Traduit par Jean Esch. 396 p.

Du même auteur sur ce blog : Sirènes ; Chambre 413 ;

Publié dans Noir britannique

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