Sirènes, de Joseph Knox

Publié le par Yan

Jeune inspecteur inexpérimenté mais déjà borderline, la faute à une fascination certaine pour la nuit et pour la drogue, Aidan Waits n’est pas loin de se faire virer de la police de Manchester. C’est cette tendance à flirter avec les limites qui en fait l’homme idéal pour approcher Zain Carver, qui tient le trafic de drogue et un certain nombre de boîtes de nuit de la ville, et Isabelle Rossiter, fille fugueuse d’un député puissant et sulfureux. Dans le sillage des sirènes, les filles chargées de collecter l’argent du trafic, Aidan Waits va pénétrer dans le monde de Zain. Peut-être jusqu’à s’y perdre.

Dit comme ça, on se dit qu’on a lu ce genre de roman environ mille fois. Ce n’est d’ailleurs pas totalement faux. Il est d’autant plus remarquable dès lors que Joseph Knox arrive à sortir du lot.

Il y a d’abord ce héros, presque archétypal mais fort bien incarné et dont Knox arrive à faire un personnage véritablement ambigu. Partagé entre sa fascination pour le milieu dans lequel il pénètre et si ce n’est l’envie, du moins le besoin de garder sa place dans la police, mais aussi entre le dégoût que lui inspirent sa hiérarchie et Rossiter et son attirance pour certaines sirènes, Waits se consume littéralement sous nos yeux. Opiniâtre ou juste engagé sur une pente trop glissante pour pouvoir en sortir, c’est avec une certaine fascination qu’on le voit s’enfoncer.

Il y a ensuite une ambiance que Joseph Knox installe avec aisance. Malsaine, lourde de menaces, qui maintient une tension constante, elle est pour beaucoup dans la manière dont le roman agrippe le lecteur.

Tout cela associé à un récit haché par les diverses pertes de connaissance d’Aidan Waits, entre abus de drogues et d’alcool, épuisement et passages à tabac, donne l’impression de découvrir cette histoire à la lumière d’un stroboscope.

Si Sirènes ne changera sans doute pas l’histoire de la littérature noire, il n’en demeure pas moins que, intelligemment construit, bien écrit, percutant, il est de ces livres que l’on n’a pas envie de lâcher une fois qu’on les a commencés. Polar efficace et avec un héros incontestablement attachant, il vaut donc le détour.

Joseph Knox, Sirènes (Sirens, 2017), Éditions du Masque, 2018. Traduit par Jean Esch. 382 p.

Du même auteur sur ce blog : Chambre 413 ;

Publié dans Noir britannique

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Norbert 04/09/2019 14:50

On retrouvera Aidan Waits dans le 2ème roman de Joseph Knox à paraître le 2 octobre au Masque : "Chambre 413".

barberi 02/05/2019 12:09

bonjour Yan
acheté à sa sortie, ce roman m 'a interpellé. c'est vrai on ne le lâche pas avant la fin mais dans ma petite médiathèque il n'a pas reçu l 'accueil qu'il mérite vraiment dommage !

Yan 02/05/2019 12:31

C'est bien dommage ! Je pense qu'il n'a en général pas eu l'accueil qu'il mérite, mais il faut dire qu'il est un peu passé inaperçu. On a eu la gentillesse de me le faire découvrir récemment et je n'en connaissais pas l'existence.