Bienvenue à Mother’s Rest, de Lee Child

Publié le par Yan

Jack Reacher fait du tourisme. C’est son droit. Il choisit donc de visiter un patelin de l’Oklahoma perdu au milieu d’un océan de champs de blé et nommé Mother’s Rest. Pourquoi s’arrêter là ? Parce que ce nom intrigue notre héros qui a de toute évidence troqué sa passion du combat à la brosse à dents au profit de la toponymie. Mais le hasard – quel sacré farceur, celui-ci – fait que justement, au moment même ou Reacher descend de son train, il rencontre une séduisante détective à la recherche d’un collègue qui a disparu récemment à Mother’s Rest sans laisser de traces. Et comme la population locale se montre peut encline à répondre à ses questions – sur la disparition du détective et sur l’origine du nom de la bourgade – Jack Reacher décide de prolonger son séjour au grand dam d’une organisation de gens très méchants qui, bien entendu, n’ont rien trouvé de mieux à faire que de s’installer à un endroit où Reacher a décidé de jouer les inspecteurs du Guide du Routard.

Le grand mystère de Bienvenue à Mother’s Rest ne concerne en fait pas la disparition du détective Keever, mais plutôt celle du second degré de Lee Child qui, depuis quelques temps, semble s’être volatilisé. C’est d’autant plus dommage qu’il s’agissait d’une des deux seules raisons de lire les romans de Lee Child, l’autre étant le côté réjouissant des combats inégaux que Reacher gagnait immanquablement grâce à sa formidable capacité d’analyse des forces en présence (à savoir lui – un colosse et un génie – et généralement une bande d’abrutis pas fichus de comprendre le danger que peut représenter une Oral B Pro Expert à poil souple placée entre les mains d’un ancien militaire rompu au combat au corps à corps).

Ce que propose donc Lee Child, ce sont les ingrédients habituels de sa série : une intrigue tirée par les cheveux, quelques scènes de bagarre et d’exécutions sommaires (fallait pas embêter Jack), une ou deux scènes de sexe tirée du manuel du bon auteur de roman Harlequin et d’interminables descriptions des actions de Jack Reacher. C’est-à-dire que lorsque son héros décide d’ouvrir un lavabo, Lee Child se sent obligé de nous faire un cours de plomberie et un autre de mécanique des fluides. Et comme dans cet épisode, Jack Reacher prend beaucoup l’avion, on n’ignore plus rien de la manière dont on peu réserver un vol intérieur aux États-Unis (tips : il vaut mieux avoir une carte Gold / attention aux billets open, parfois les vols sont complets). On a une pensée émue pour Elsa Maggion, la traductrice, qui a dû à certains moments avoir l’impression de traduire les conditions générales de vente d’American Airlines. Les ingrédients habituels, donc, à l’exception de ceux qui permettaient d’épicer l’ensemble et en particulier ce recul et cet humour qui ont pendant un certain temps permis de faire des aventures de Jack Reacher des séries B particulièrement amusantes.

Rien n’empêche Lee Child de continuer ainsi. On présume qu’il dispose d’un lectorat qui y trouve son compte. De notre côté, on envisage d’arrêter.

Lee Child, Bienvenue à Mother’s Rest (Make Me, 2015), Calmann Levy Noir, 2018. Traduit par Elsa Maggion. 453 p. (oui, tout de même)

Du même auteur sur ce blog : La faute à pas de chance ; Carmen à mort ; 61 heures ; Du fond de l'abîme ; Les caves de la Maison Blanche ; La cause était belle ; Mission confidentielle ; L’espoir fait vivre ; La cible était française ;

 

Publié dans Noir britannique

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