L’espoir fait vivre, de Lee Child

Publié le par Yan

Sans vraiment savoir pourquoi, je trouvais ces derniers temps que la vie était un peu triste, terne et, pour tout dire, sans grand intérêt. Et puis je me suis aperçu que cela faisait plus de deux ans que je n’avais pas lu une aventure de Jack Reacher. Tout s’expliquait.

L’espoir fait vivre commence d’une manière on ne peut plus simple – oui, bon, comme tous les romans de Lee Child. Jack Reacher fait du stop. Dans le Colorado, il s’aperçoit que deux villes voisines s’appellent respectivement Hope et Despair (Espoir et Désespoir pour ceux qui ne sont pas connaisseurs de la langue de Donald Trump et qui risqueraient de passer à travers cette formidable allégorie de la vie) et se dit donc qu’il ne peut avancer sans visiter l’une et l’autre. Arrivé à Despair, tout part en sucette : on refuse de lui servir un café au restaurant, le shérif le coffre pour vagabondage et finit par aller le déposer aux limites de la ville en lui expliquant qu’il ferait mieux de tailler la route vers un endroit plus accueillant pour les vétérans de l’armée reconvertis en clodos. On s’en doute, avec le côté contrariant qui le caractérise, Jack Reacher décide de revenir sur ses pas pour visiter le patelin.

Et là, vous vous dites que Brian Dennehy joue le shérif et que Sylvester Stallone incarne Jack Reacher. Triple erreur :

-D’abord il ne s’agit pas d’un film, mais d’un livre.

-Ensuite, ce n’est pas Stallone qui incarne Jack Reacher, 1 mètre 96 et 120 kilos, au cinéma, mais Tom Cruise.
-Enfin, Rambo, à côté de Jack Reacher, je ne sais pas si je vous l’ai déjà dit, mais c’est un castor junior. Jack Reacher n’a pas besoin de se trimballer avec un couteau de survie issu des amours interdites entre un couteau suisse et une machette, et encore moins de voler une mitrailleuse M40. Non. Jack Reacher a une brosse à dents de voyage et c’est bien suffisant pour éradiquer de la surface de la terre une bonne partie des pisse-froid de Despair, Colorado.

Vous l’aurez compris, Lee Child n’a toujours pas décidé de faire dans la dentelle. Jack Reacher va donc, avec l’aide d’une belle policière de Hope essayer de comprendre quel secret tente de dissimuler la population de Despair, ville sous la coupe d’un entrepreneur tout-puissant et, au passage, livrer au lecteur attendri un véritable plaidoyer en faveur des vétérans mutilés des guerres américaines que l’armée, lâchement, abandonne dans des mouroirs. Entre deux explosions de bâtiments publics, trois passages à tabac et quelques incursions dans le désert et infiltrations dans des usines top secret qui permettent à Lee Child de formidables développements sur le meilleur angle pour poser une échelle en aluminium sur une barrière ou les différents revêtements routiers, Jack Reacher s’abandonne parfois à quelques jeux de séduction et change plusieurs de vêtements tout en se demandant quel plat choisir dans le dinner de Hope afin de conserver un taux suffisant de glucides pour tenir la nuit sans pour autant risquer de finir à cinquante ans avec un bourrelet abdominal disgracieux.

Bref, L’espoir fait vivre est un peu la quintessence de l’œuvre de Lee Child. C’est souvent débile, toujours un peu trop tout (violent, réac, inutile...) mais, lu au second degré, c’est aussi franchement marrant et un vrai plaisir régressif.

Lee Child, L’espoir fait vivre (Nothing to loose, 2008), Seuil, 2011. Rééd. Points/Thriller, 2012. Traduit par Jean-François Le Ruyet. 540 p.

Du même auteur sur ce blog : La faute à pas de chance ; Carmen à mort ; 61 heures ; Du fond de l'abîme ; Les caves de la Maison Blanche ; La cause était belle ; Mission confidentielle ;

Publié dans Noir britannique

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Serge 31 23/07/2017 01:18

Merci pour l'humour! Et c'est vrai que ce genre de bouquin fait du bien de temps en temps...

Yan 23/07/2017 06:43

On peut vite s'en lasser, mais parfois ça fait vraiment du bien, en effet.