La revalorisation des déchets, de Sébastien Gendron

Publié le par Yan

La revalorisation des déchets signe le retour de Dick Lapelouse, tueur à gages discount de son état déjà apparu en son temps dans Le tri sélectif des ordures, roman-feuilleton qui accompagnait avant d’être édité la newsletter de la regrettée librairie Entre-deux-Noirs de Christophe Dupuis qui fait d’ailleurs ici une brève apparition.

Spécialisé dans le débarrassage de connards à des prix défiant toute concurrence, Lapelouse ne manque pas de boulot y compris – et peut-être même surtout – en ces temps de crise. Pour autant, quand on pratique des tarifs aussi bas, on ne peut s’attendre à s’enrichir. Et Lapelouse de partager locaux et secrétaire avec un psychiatre, ce qui lui donne aussi l’occasion de suivre une petite thérapie dont il a d’évidence besoin. Au risque que cela vienne subrepticement interférer avec une activité professionnelle dont on ne peut nier que, pour utile qu’elle soit, ne peut que laisser des traces plus ou moins profondes chez celui qui l’exerce. Ainsi le tueur discount se retrouve-t-il peu à peu plongé dans une drôle de période d’introspection durant laquelle il doit néanmoins tâcher de faire au mieux son travail. Car dans cette branche si particulière des services à la personne, il important de satisfaire le client tout en respectant une solide éthique.

Bref, Sébastien Gendron fait du Sébastien Gendron et c’est justement pour cela qu’on le lit. Comme dans ses précédents romans, il laisse libre cours à son imagination débridée et en profite pour faire passer quelques sales moments à une belle galerie de connards (mention spéciale au taxi bordelais). Mais si La revalorisation des déchets est un beau jeu de massacre, un réjouissant exutoire, Sébastien Gendron y apporte aussi une touche morale. Derrière la farce, la recherche du père de l’orphelin Dick Lapelouse est, l’air de rien, une réflexion sur ce que l’on laisse derrière soi, sur la portée de nos actes. Ainsi, sous le vernis bien appliqué du jouissif dézingage de pourritures, Gendron pose de vraies questions sans pour autant apporter de réponses prémâchées ni laisser un discours pompeux ou lénifiant l’emporter sur le côté jubilatoire de son exercice faussement foutraque dans lequel se mêlent articles de journaux, retranscriptions de bandes, définitions du dictionnaire, épopées routières, catalogue de meurtre ou fragments radioactifs de l’œuvre de Claude François. Du bon divertissement.

Sébastien Gendron, La revalorisation des déchets, Albin Michel, 2015.

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Publié dans Noir français

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