Le cercueil de Job, de Lance Weller

Publié le par Yan

Avec son troisième roman, Lance Weller continue de creuser le sillon de ses obsessions : les fondations d’une Amérique bâtie sur la violence – ici la guerre et l’esclavage – mais aussi, sous ce grand mouvement collectif de l’histoire, la manière dont celui-ci touche individuellement les êtres.

Ce sont ici, pour l’essentiel, deux destinées que le lecteur va suivre, deux personnages aux histoires différentes mais que la vie a liés. Bell Hood est une esclave adolescente en fuite. Jeremiah Hoke est un soldat confédéré qui, après avoir été mutilé pendant la bataille de Shiloh, erre dans l’Amérique en guerre.

Accompagnée de Dexter, un autre esclave, émasculé par son maître, puis par January June qui a un temps connu l’émancipation avant de retomber entre les mains de marchands d’esclaves, Bell Hood cherche à rejoindre les États fédérés dans lesquels elle espère trouver enfin la liberté. Jeremiah Hoke fuit aussi à sa manière. Ses mains mutilées ne justifient pas sa démobilisation pour un sud qui a besoin de soldats. Aussi peut-il être considéré comme un déserteur. Mais, las de la violence, accablé par le fardeau d’une culpabilité qu’il traîne depuis longtemps avec lui, il cherche une forme de paix que seul un acte de totale et sincère rédemption pourrait lui offrir.

Tous évoluent sur cette frontière mouvante qu’est le Tennessee, État partagé entre soutiens à l’Union et Confédérés. Ce sont d’ailleurs des Nordistes qui vont recueillir et soigner Hoke. Quant à Bell Hood et ses compagnons, l’expérience leur apprend que s’il y a une division entre Nord et Sud, celle entre noirs et blancs est plus profonde encore. L’histoire de January June viendra le confirmer.

Ce que se demande sans doute au fond Lance Weller, de Wilderness au Cercueil de Job en passant par Les marches de l’Amérique, c’est ce que veut dire être américain d’un point de vue collectif et individuel. Et, partant, ce qu’est l’Amérique.

Tout cela, il le dit magnifiquement grâce à une écriture à travers laquelle il réussit le tour de force d’offrir un récit à la fois ample et dense, naturaliste et lyrique. On a la sensation en lisant Weller que chaque mot en contient cent, que chaque phrase est une histoire à elle seule. C’est formidable et bouleversant.

Lance Weller, Le cercueil de Job (Job’s Coffin, 2021), Gallmeister, 2021. Traduit par François Happe. 465 p.

Du même auteur sur ce blog : Wilderness ; Les Marches de l’Amérique ;

Publié dans Western et aventures

Commenter cet article

Mingh 03/09/2021 10:13

Lance Weller est inquiet de l'accueil fait à son nouveau roman en France... Je pense qu'il n'y aura aucun souci !