Romicide, de Gianni Pirozzi

Publié le par Yan

   9782743620912.jpg Après Le loup dans la bergerie, de Gunnar Staalesen, on continue avec les rencontres de Villeneuve-Lez-Avignon, et on change de cap en partant en Bretagne à la suite de Gianni Pirozzi.

 Augusto Rinetti est un homme révolté. Militant d’extrême-gauche, soutien des revendications indépendantistes basques ou bretonnes, il s’est engagé jusqu’à la rupture. L’arrestation, le divorce mal vécu, la difficulté à trouver sa place dans une société en laquelle il ne se retrouve pas. Il a finalement obtenu, afin de pouvoir continuer à voir son fils un week-end sur deux, un travail de gardien d’une aire d’accueil pour les gens du voyage, avec logement de fonction à la clé. C’est juste à côté de cette aire que campait le vieux Kertesc, un Rom hongrois qui semblait mis à l’écart de la communauté… jusqu’à ce que l’on vienne le chercher et qu’on le torture à mort au fer à souder.

  Bertrand Rozenn, l’officier de police chargé de l’affaire aurait pu la classer. Ça ne semble après tout qu’être un règlement de compte entre gitans.  Seulement Rozenn, justement parce cela touche des gens auquel on ne rend généralement pas justice, veut boucler cette affaire. Pour cela, il va faire pression sur Rinetti afin qu’il devienne son indic. Acculé, Rinetti va devoir faire de son mieux pour aider un Rozenn qui n’a aucune idée de la situation dans laquelle il met son indicateur.

 Premier roman initialement publié aux Éditions Coop-Breizh puis réédité en 2010 dans une version révisée par l’auteur, Romicide nous plonge dans un milieu que l’on ne connaît pas et propre à éveiller tous les fantasmes, en particulier par les temps qui courent où l’on voit la chasse aux Roms ouverte tout au long de l’année.

  On pouvait craindre que, ce faisant, en opposition à la diabolisation rampante (et qui d’ailleurs rampe de moins en moins pour devenir carrément courante) de la communauté gitane et rom, Gianni Pirozzi bascule dans une vision angélique. Ça n’est pas le cas. Ayant acquis une connaissance assez intime de cette communauté, il sait la dépeindre d’une manière que l’on peut présumer réaliste, avec sa beauté, son histoire rude, mais aussi ses travers issue d’une tradition parfois dépassée, confrontée qui plus est à une société dans laquelle l’intégration semble difficilement possible sans abandonner ce que l’on est. En ce sens, le personnage de Rinetti fait écho à ce mal être, lui-même étant confronté à ce dilemme : pour pouvoir vivre décemment et accueillir son fils, il se trouve forcé d’abandonner ou de mettre un mouchoir par-dessus ses propres idéaux et convictions. En travaillant avec la police, en refusant l’accès à son terrain à un vieux rom sans papiers valables.

  Si le fond est là, le roman ne démérite pas non plus sur la forme. Bien que de facture classique, l’intrigue est bien menée jusqu’au dénouement qui, comme le reste, s’avèrera mesuré, sans explosions, sans de multiples rebondissements, tristement réaliste. On pourrait peut-être reprocher à Gianni Pirozzi d’avoir campé un Rinetti presque trop gaucho pour être vrai. Tellement qu’il en deviendrait presque irritant. Toutefois, dans une société où l’on côtoie chaque jour des gens trop d’extrême-droite pour être vrais, cela crée en fin de compte un certain équilibre ; d’autant que, on l’a dit, Rinetti est un homme autrement plus complexe que ce que cette façade peut laisser penser de prime abord.

  En tout cas, Romicide apparaît comme un premier roman particulièrement bien réussi et une invitation à découvrir les autres histoires mettant en scène Rinetti.

Gianni Pirozzi, Romicide, Éditions Coop-Breizh, 2001. Rééd. révisée par l’auteur, Rivages/Noir, 2010.

Du même auteur sur ce blog : Sara la noire ; Hôtel Europa ;

Publié dans Noir français

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sophie couronne 23/10/2011 19:25


J’ai trouvé aussi ce texte particulièrement réussi pour ceci : en ces temps de cynisme exacerbé où même les auteurs font parfois assaut de laideurs sans nom de façon gratuite pour coller à l’air du
temps, un roman avec de vrais morceaux d’humanité dedans, et bien…ça fait du bien par où ça passe !
Et attention, comme vous le soulignez, il n’est pas question d’angélisme et autres nunucheries : les personnages et situations sont complexes, aucun manichéisme là-dedans. Pas de fleur bleue ni de
guimauve dégoulinante.
Juste de l'humain.
Et c’’est juste beau.


Yan 23/10/2011 19:31



Entièrement d'accord avec toi (on peut se tutoyer, non?). Ça change singulièrement de la surenchère à laquelle se livrent certains auteurs. Pas de héros ou de méchants tout blancs ou tout noirs,
pas de scènes ultrasanglantes et voyeuristes. Juste un fait divers comme on en voit tant. Et Gianni Pirozzi nous montre qu'il y des hommes derrière ça. Et comme tu le dis, c'est juste beau.



alain 23/10/2011 18:29


Un très beau livre. Il faut lire aussi le dernier Pirozzi paru chez Rivages


Yan 23/10/2011 18:31



Merci Alain. C'est justement prévu dans les semaines qui viennent.