Du désarroi de la jeunesse en milieu rural : Callisto de Torsten Krol

Publié le par Yan

9782283022764.jpg« C’est malheureux que Dean ait été un terroriste musulman doublé d’un meurtrier homosexuel mais je n’y peux rien » déclare le jeune Odell Deefus peu de temps après avoir occis Dean Lowry.

Odell a quitté la riante cité de Yoder, Wyoming, pour rejoindre Callisto, Kansas, où se trouve un bureau de recrutement de l’armée. C’est qu’à vingt-deux ans, sans aucun diplôme en poche et secrètement amoureux de Condoleeza Rice, il a décidé d’aller combattre les terroristes musulmans en Irak. Pas bête (il a lu seize fois Jody et le faon –et attention, la version longue, pas celle pour enfants) mais un peu lent – il l’admet lui-même – il met un certain temps à comprendre que l’homme qui a accepté de l’héberger après que sa voiture est tombée en panne sur la route de Callisto est un peu étrange et lunatique.

Odell est peut-être un idiot, mais c’est aussi un colosse, alors lorsqu’il soupçonne Dean de vouloir le tuer, il le frappe avec une batte et l’assomme. Définitivement. Commence alors une aventure hallucinante où se mêlent bouseux trafiquants de drogue, télévangélistes louches, agents de la sûreté nationale fantômes, flics jaloux et corrompus, gardiennes de prison manipulatrices et pizzas surgelées.

À travers les aventures d’Odell Deefus, sorte de Forrest Gump mais en moins innocent que Tom Hanks, le mystérieux écrivain à pseudonyme Torsten Krol, nous propose un récit jouissif sur la paranoïa dans les campagnes américaines.

Passées les premières pages qui peuvent paraître un peu lourdes et une fois habitué au récit à la première personne d’Odell qui peut parfois sembler artificiel (la faute à l’auteur qui a choisi un personnage falot comme narrateur mais qui doit quand même un minimum d’explication au lecteur), on rentre dans un récit tordu à souhait terriblement amusant dans lequel le plus idiot n’est pas forcément celui que l’on croit et où l’absurdité des lois anti-terroristes des États-Unis de George W. Bush n’a d’égale que la stupidité de ceux qui doivent les faire appliquer.

Torsten Krol, Callisto, Buchet Chastel, 2007. Rééd. Pocket, 2009. Traduit par Daniel Bismuth.

Publié dans Noir américain

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Pierre FAVEROLLE 04/06/2011 15:41


Salut Yan, je ne dirai qu'un mot : Chef d'œuvre ! Merci d'en avoir parlé et de nous avoir rafraichi la mémoire ! A +


Yan 04/06/2011 15:42



Salut Pierre. Je t'en prie, c'était un plaisir.