Kif, de Laurent Chalumeau

Publié le par Yan

Georges Clounet, CRS fraîchement retraité, se retrouve un peu contre son gré à la tête d’une boîte de nuit sur la Côte d’Azur, le Kif. Cadeau empoisonné. C’est qu’entre une élue FN qui voudrait voir fermer l’établissement qui a accueille une clientèle trop bronzée au goût de la population, un agent de strip-teaseuse ex acteur porno décidé à se lancer dans le racket, un flic local qui voudrait bien toucher son loyer, un néo-converti à l’islam prompt à faire la morale aux intégristes et qui multiplie les assauts afin de convaincre un neveu de Ben Laden adepte de DSK et fan de Rama Yade de cracher au bassinet pour faire construire une mosquée, il y a de quoi s’inquiéter pour l’avenir de Clounet comme patron de night-club, même s’il bénéficie de l’aide de Hassan, le nouveau portier et ancien jihadiste et de la séduisante Djamila.

On sait l’admiration que voue Laurent Chalumeau à Elmore Leonard à propos duquel il a écrit un brillant essai, et l’on ne s’étonnera pas de trouver dans Kif des personnages et des situations qui rappellent le maître de Detroit. Un Georges Clounet et un Hassan pas forcément aussi malins qu’ils le voudraient mais qui compensent par une attitude extrêmement cool, des criminels à la ramasse et des scènes de western comme l’assaut nocturne du Kif. Au jeu de la comparaison, on sort souvent perdant, mais Laurent Chalumeau, ici, s’en tire avec les honneurs. Si l’influence de Leonard se fait sentir, Chalumeau sait garder une certaine distance et jouer sa propre partition. Il faut dire qu’avec cette Côte d’Azur où se croisent petites frappes, politiciens de droite cyniques et corrompus, salafistes et fortunes du Golfe, il a trouvé un beau terrain de jeu.

Les dialogues fusent, les situations insolites sont exploitées à fond sans pour autant verser dans le n’importe quoi et le tout est soutenu par un humour féroce.

Kif est une œuvre légère – qui en dit toutefois autant sur le contexte que bien des écrits aussi sérieux qu’ennuyeux – destinée à faire passer au lecteur un bon moment de rigolade. Et ça tombe bien, puisque ça fonctionne. Alors, bien entendu, on ne va pas crier au chef-d’œuvre, mais on saluera le fait que Laurent Chalumeau se distingue des autres polars français qui jouent la carte de l’humour en proposant quelque chose d’original et qui tient la longueur, ce qui n’était pas gagné d’avance. Voilà donc un roman tout à fait recommandable pour qui a envie de s’amuser quelques heures.

Laurent Chalumeau, Kif, Grasset et Fasquelle, 2014. Rééd. Rivages/Noir, 2016. 457 p.

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Publié dans Noir français

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