Un coin de ciel brûlait, de Laurent Guillaume

Publié le par Yan

De nos jours, à Genève, un homme est retrouvé mort dans sa chambre d’hôtel. Tanya Rigal, journaliste française, avait justement rendez-vous avec lui. Elle s’aperçoit très vite que la victime suscite beaucoup d’intérêt du département d’État américain et d’un mystérieux homme noir.

En 1992, en Sierra Leone, Neal Yeobah assiste au massacre d’une partie de la population de son village par des miliciens. L’enfant de douze ans est enrôlé de force et va devenir un redoutable soldat.

De nos jours encore, le docteur James Songbono, nigérian, est embauché à la prison de Frankland, en Angleterre, qui accueille, entre autres, des criminels de guerre.

En suivant le parcours de chacun de ces personnages, Laurent Guillaume crée une intrigue qui court sur deux continents, l’Afrique et l’Europe, en l’espace de trente ans et dont les fils dont on sait dès le début qu’ils sont au moins entrelacés, vont peu à peu révéler ce qui les noue.

Jusqu’à présent, Laurent Guillaume écrivait des polars se déroulant aussi bien en banlieue parisienne qu’au Mali ou dans les Alpes, avec cela de commun qu’ils obéissaient dans l’ensemble à une règle immuable : un flic ou un détective un peu borderline qui mène une enquête avec les rebondissements qui vont avec ; le tout avec plus ou moins de second degré. Avec Un coin de ciel brûlait, l’auteur s’attaque à un roman plus ample et ambitieux. Il ne s’agit plus de livrer un polar classique, mais de dessiner, en particulier à travers le parcours de Neal Yeobah, la manière dont les guerres africaines que le citoyen occidental voit souvent de loin avec un soupçon de compassion, beaucoup d’incompréhension et un certain nombre de lieux communs, s’insèrent dans une géopolitique mondiale et, surtout, frappent des êtres humains. Il y a les victimes évidentes, celles que l’on massacre et que l’on viole dans des villages et celles qui le sont un peu moins, à l’image de ces enfants-soldats devenus tueurs que l’on voit dénués d’empathie mais dont les parcours peuvent se révéler bien plus complexes dès lors qu’on les considère aussi comme des humains et que l’on comprend qu’ils s’insèrent dans un système bien plus large.

Tout cela débouche sur un roman particulièrement bien construit avec une intrigue aux ramifications complexes et, surtout, des personnages qui le sont tout autant. En apportant de la nuance, en évitant les portraits trop monolithiques, Laurent Guillaume offre un livre instructif. En jouant avec les fausses pistes et les faux-semblants, il livre un polar efficace. Deux bonnes raisons de le lire.

Laurent Guillaume, Un coin de ciel brûlait, Michel Lafon, 2021. 495 p.

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Publié dans Noir français

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