Le testament syriaque, de Barouk Salamé

Publié le par Yan

  le-testament-syriaque-cover.jpgMea culpa. Je suis complètement passé à côté du Testament syriaque au moment de sa sortie. Pour moi, ce titre fleurait un peu trop l’enquête ésotérique tendance Da Vinci Code. Aussi, j’ai bien vite oublié l’existence même de ce livre. La parution récente d’Arabian thriller, deuxième roman de Barouk Salamé, m’a cependant permis de réévaluer mon jugement hâtif. Une interview particulièrement intéressante et enrichissante de l’auteur sur France Inter en juillet, puis les louanges tressées à son égard quelques semaines plus tard, lors d’une conversation, par Christophe Dupuis et une nouvelle interview parue dans la revue 813 m’ont finalement convaincu de m’intéresser enfin à ce Testament syriaque.

 Paul Mesure, jeune journaliste qui travaille à un dossier consacré à l’islam en France voit la violence faire irruption dans sa vie lorsque les concierges de son immeuble, qui sont aussi ses amis et qui l’aident dans son enquête, sont assassinés après avoir été torturés. Bien vite toutefois, il va s’apercevoir que ce n’est pas son travail de journaliste qui est l’origine du meurtre, mais le manuscrit ancien qu’il a ramené quelques mois plus tôt du Mali et qu’il cherche à vendre.

Ce codex écrit en syriaque pourrait en effet remettre en cause les interprétations actuelles du Coran et éclairer les origines de l’islam. C’est pourquoi les RG comme les services secrets pakistanais et américains seraient prêts à tout pour mettre la main dessus.

Entrainé dans une affaire qui le dépasse, Paul Mesure devra s’en remettre au commissaire Sarfaty, le policier chargé d’enquêter sur le meurtre des concierges qui se trouve aussi être un érudit féru d’histoire des religions et un islamologue de renom.

C’est un roman ambitieux qu’a écrit Barouk Salamé. Réussir à captiver le lecteur en lui proposant un pavé de plus de 600 pages comportant des passages entiers consacrés à l’exégèse du Coran n’est pas forcément chose aisée. Il y arrive pourtant avec facilité à mettre en place une intrigue accrocheuse ponctuée de scènes d’actions extrêmement efficaces, et menée par des personnages dotés d’une véritable épaisseur. Son récit, malgré une certaine lourdeur – notamment une certaine tendance à trop vouloir expliquer les actions de ses personnages –happe le lecteur et éveille sa curiosité. Une curiosité à laquelle l’auteur répond avec brio par le biais de digressions extrêmement bien documentées sur l’histoire de l’islam et sur le Coran sans jamais se montrer pontifiant.

En fin de compte, ce livre renouvelle et dépasse allègrement le genre du thriller historico-ésotérique en stigmatisant l’ignorance et l’obscurantisme plutôt qu’en s’appuyant dessus. Le testament syriaque est à la fois un très bon roman d'action et un livre intellectuellement stimulant.

Barouk Salamé, Le testament syriaque, Rivages/Thriller, 2009. Rééd. Rivages/Noir, 2011.

Publié dans Noir français

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Jean-Marc Laherrère 12/08/2011 08:58


D'accord avec tout ça même si j'avais eu quelques réserves (des longueurs, essentiellement dans une façon de trop expliciter les motivations des personnages si je me souviens bien).
Avantage, ces tout petits défauts ont disparu du roman suivant.


Yan 12/08/2011 09:29



Barouk Salamé m'a vraiment convaincu. Nul doute que s'il a éliminé ces quelques défauts qui rendaient certains passages un peu lourds (étonnament pas les passages "didactiques") Arabian
thriller doit être un excellent roman.