Maktaaq, de Gildas Guyot

Publié le par Yan

On avait découvert Gildas Guyot avec Le goût de la viande, premier roman au style résolument… charnel. Et c’est donc avec curiosité que l’on s’est penché sur son second livre au titre énigmatique, Maktaaq.

Ce que l’on suit là, c’est le road trip philosophique d’un jeune homme et de son grand-père entre Los Angeles et Las Vegas au volant d’une Chevrolet Impala de 1967. Seth a la vingtaine et plus beaucoup de rêves après que ses espoirs de devenir un joueur de baseball professionnel se sont envolés. Il est maussade, insolent et persuadé que la vie l’a privé de ce qui lui était naturellement dû. C’est, à sa manière, un sale petit con. Ati, son grand-père, est un personnage tout aussi particulier, souvent distant, toujours un peu moqueur et prompt à asséner de mystérieuses sentences qui agacent prodigieusement son petit-fils. Mais voilà : Ati a promis de donner sa Chevrolet à Seth si celui-ci regardait un documentaire sur les Inuits – le peuple dont tous les deux sont issus – et, surtout, s’il l’amène à Las Vegas. Le voyage va être long, surprenant, et mener Seth bien plus loin qu’il ne le pense.

On est bien loin du Goût de la viande et des tranchées de la Première Guerre mondiale dans lesquelles Gildas Guyot nous avait alors entrainés. Géographiquement, temporellement, et aussi du point de vue stylistique. L’écriture de Maktaaq est plus dépouillée, directe, et plus ouverte en fin de compte à la digression. Car, sur la ligne droite que l’on imagine traverser le désert de Californie et du Nevada, le trajet est propice à la réflexion et à une forme d’évasion de l’esprit.

En alternant les chapitres qui mettent en scène le voyage lui-même et ceux qui décrivent le documentaire que Seth a regardé seul dans le salon familial, Gildas Guyot impose au lecteur de se poser la question du lien entre l’un et l’autre et, partant, s’assure ainsi de son attention puisque ce lien se dévoile très progressivement jusqu’à la fin. Mais plus que ce mystère peut-être un peu, non pas artificiel mais plaqué, ce qui fait l’intérêt de Maktaaq, c’est la façon dont derrière la difficulté pour Seth à échanger avec Ati, émerge peu à peu une quête d’identité ou, à tout le moins, la possibilité de cette quête pour le garçon et sans doute aussi, d’une autre manière, de réappropriation d’une identité par son grand-père.  

Si l’on peut trouver parfois que l’auteur force un peu – et particulièrement sur les passages de retranscription de la vidéo – sur la démonstration, le road trip d’Ati et de Seth, ponctué de scènes extrêmement visuelles et de dialogues tour à tour drôles, émouvants et percutants, permet au lecteur de se couler sur la banquette arrière de l’Impala. S’il est parfois un peu long, c’est donc néanmoins un beau voyage.

Gildas Guyot, Maktaaq, Éditions In8, 2020. 283 p.

Du même auteur sur ce blog : Le goût de la viande ;

Publié dans Littérature "blanche"

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K
J'avais adoré Le goût de la viande et je n'ai pas réussi à aller au bout de celui-ci... je le reprendrai plus tard.
Je découvre votre blog... après avoir lu votre recueil de nouvelles... dont je parlerai le 18 mai sur mon blog et que j'ai beaucoup aimé.
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Y
Oui, c'est très différent du Goût de la viande, en effet. Sans doute moins surprenant dans la forme aussi.
Merci pour le recueil, je suis content qu'il vous aie plu.