Sept contre Thebes, de Stephen Hunter

Publié le par Yan

Les aficionados de théâtre grec – ils sont nombreux à suivre ce blog – pourraient être trompés par le titre de ce roman. Faisons donc une nécessaire mise au point : Stephen Hunter n’est pas un pseudonyme d’Eschyle et Sept contre Thebes se déroule dans le Mississippi, ce qui, on en conviendra, est bien loin de la Béotie. De fait, Thebes est loin d’à peu près tout. C’est là, au cœur des marécages que s’élèvent une prison pour criminels de couleur et un semblant de ville ignorée du reste du monde. C’est pourtant là que Earl Swagger, héros de la Seconde Guerre mondiale qui s’ennuie un peu depuis son retour au pays où il officie au sein de la police d’État de l’Arkansas, va aller faire un tour pour aider son ami avocat Sam Vincent. En effet, missionné pour une affaire complexe d’héritage, Vincent est allé à Thebes et n’en est pas revenu. Arrêté, jeté dans une geôle, Sam Vincent passe un sale moment entre les mains de la police corrompue de ce patelin jusqu’à ce qu’Earl vienne le libérer et être à son tour arrêté et jeté dans un cul de basse fosse avec les prisonniers noirs de Thebes. Mais Earl a de la ressource et, assez vite, une grosse envie de se faire la malle et de revenir avec six gros bourrins pour montrer au directeur de la prison et au gardien chef qu’on ne fouette pas impunément un ancien du corps des Marines.

Avec Earl Swagger comme avec son fils Bob Lee, dont on a déjà eu l’occasion de parler, on a donc affaire à du gros roman noir qui tâche. Il y a une intrigue, c’est vrai. Elle est résolue, en effet. Et il y a même une morale. Enfin, sans doute. Mais ce que propose Hunter, c’est tout de même de regarder Earl Swagger démonter des méchants entre deux scènes gênantes où des gros détenus blacks menacent de le sodomiser, éveillant en lui, le héros de la guerre du Pacifique, une fugace sensation de crainte en même temps qu’un peu de dégoût mâtiné d’une curiosité peut-être pas seulement clinique à propos de ce qu’évoquent pour lui les ébats entre hommes musclés… Presque des moments de tendresse dans un monde de brutes sur l’échelle de Stephen Hunter. Les méchants sont donc particulièrement méchants et, en fait, les gentils sont aussi assez méchants, sauf quelques femmes à la fois fortes et fragiles qui savent prendre soin des hommes de leur vie.

Oui. Bon. C’est bourré de [mauvais] clichés, lourdingue dès que l’auteur décide de laisser place à trois lignes d’introspection d’un personnage ou de s’attarder le temps d’un paragraphe sur la troublante beauté du soleil couchant sur les eaux boueuses du Mississippi, mais il ne faut pas se voiler la face : on ne lit pas Stephen Hunter pour préparer en s’amusant une licence de lettres classiques ou l’agrégation de philosophie. Un diplôme de maître-chien, à la rigueur… encore que la façon dont les gardiens de la prison de Thebes élèvent les leurs ne soit pas forcément labellisée par la SPA. Bref, et pour être tout à fait objectif, tout cela n’est pas très bon. C’est vrai. Mais parfois, c’est exactement ce que l’on cherche : un roman d’Hunter ou de Lee Child, ou encore un film avec Mark Wahlberg (je vous le donne dans le mille il a tourné dans l’adaptation cinématographique de Shooter, de Stephen Hunter, dans le rôle de Bob Lee Swagger).

Bourrin, ultra-calibré et donc sans surprise, Sept contre Thebes est une excellente alternative au lavage de cerveau quand on en a besoin. À consommer avec modération, cependant.

Stephen Hunter, Sept contre Thebes (Pale Horse Coming, 2001), Éditions du Rocher, 2007. Traduit par Élisabeth Luc. 539 pages.

Du même auteur sur ce blog : Shooter ; Le 47ème samouraï ; Le sniper ;

Publié dans Noir américain

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CATHIE LOUVET 28/08/2018 20:03

Du coup je ne le note pas mais je note le roman de Laurent Guillaume. Merci pour ces partages