Pukhtu Secundo, de DOA

Publié le par Yan

Très attendu après un premier volet particulièrement réussi, Pukhtu Secundo doit boucler la boucle dans laquelle DOA a lancé ses personnages en 2007 avec Citoyens clandestins.

Alors que Fox, alias Fennec, alias Robert Ramdane était au centre de Pukhtu Primo, c’est au tour de Lynx, alias Servier, alias Ronan Lacroix, l’autre citoyen clandestin, de passer au premier plan, lancé dans une vengeance qui fait écho à celle de Sher Ali Kahn dans la partie précédente. Là encore DOA multiplie les points de vue, joue à faire apparaître les connexions entre les différents théâtres, de Paris aux zones tribales du Pakistan en passant par le Mozambique. C’est une nouvelle fois touffu, très documenté, prenant et ambitieux. Et une fois encore, on ne peut qu’être impressionné par la maîtrise des scènes d’action et des doubles (au moins) jeux que mettent en place les différents acteurs du roman.

Pour autant, une certaine déception se fait jour. Elle tient à divers choix de l’auteur et d’abord à la manière dont il abandonne certains personnages en route et dont il laisse tranquillement mourir certaines intrigues. Alors que les vengeances de Sher Ali Kahn et Lynx prennent de l’ampleur, la question géopolitique qui lançait le premier volume, celle d’un trafic de drogue incluant tout un réseau dans lequel fraient barbouzes américains et français, agents des services secrets pakistanais, moudjahidines et vétérans de milices albanaises, passe lentement au second plan, avant de s’effacer en grande partie tandis que les seules motivations personnelles, vengeances ou romances passent sur le devant de la scène avec une réussite assez inégale. Ainsi voit-on s’ébaucher d’intéressants personnages du côté albanais qui, en fin de compte, ne jouent que les faire valoir.

Ensuite, si l’on entre assez facilement dans les histoires de Lynx et de Ponsot, le chef de groupe de la DCRI, on peine souvent à se laisser convaincre par les personnages féminins, particulièrement Chloé et Amel. Comme dans Citoyens clandestins, les femmes semblent ici destinées à jouer uniquement les victimes, guidées seulement par leurs sentiments, tandis que les hommes, plus froids et raisonnables, tentent de les protéger d’autres hommes mais aussi d’elles-mêmes. Et, ces femmes étant incapables de se défaire de leurs défauts et de suivre la voix de la raison, on se trouve régulièrement confronté – notamment avec Chloé – a des scènes répétitives.

Si dans l’ensemble Pukhtu Secundo, grâce en particulier à un fond passionnant – mais un peu délaissé ici – et à de captivantes scènes d’actions ou de suspense, demeure un roman prenant qui a par ailleurs le mérite de clore honnêtement un cycle, il n’a toutefois pas la puissance du volume précédent et laisse sentir un certain essoufflement. Il était temps que cela se termine.

DOA, Pukhtu Secundo, Gallimard, Série Noire, 2016. 679 p.

Du même auteur sur ce site : Le serpent aux mille coupures ; La ligne de sang ; L’honorable société ; Pukhtu Primo ;

Publié dans Noir français, Espionnage

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Laurent 26/04/2017 08:45

Bonjour,
J'abonde dans le sens de cette critique. Primo m'a captive l'ete dernier, un peu moins que ne l'a fait Secundo cet hiver. Je peux confirmer le realisme des scenes afghanes, puisque j'y suis en ce moment... J'ai longtemps cru que les accointances de DOA avec "La boite" n'etait pas que livresques, tant les infos etaient précises.
Lecture a recommender absolument.

Oliver 27/01/2017 23:48

Assez bien vu le commentaire critique. Néanmoins un roman très dépaysant !

CCCCCCC 19/12/2016 09:06

A mon humble avis, Deb vous signalait "qu'il était TEMPS que cela se termine"...

Yan 19/12/2016 09:11

Ah! Bon sang!

deb 01/12/2016 14:03

"Il était tant que cela se termine" vraiment?!

Yan 02/12/2016 10:27

Pour moi, oui. Pukhtu Primo était impressionnant, et celui-ci n'est pas mauvais, mais je trouve que les personnages féminins redeviennent caricaturaux et que certaines intrigues sont faiblardes.

Fan2polar 12/11/2016 20:37

J'ai décidé de découvrir DOA lors de mon ABC Polars 2017 avec Pukthu Primo. Et même si tu soulèves quelques bémols, ta chronique me conforte dans mon choix ! Merci ...