Revoyons nos classiques : Body, de Harry Crews

Publié le par Yan

Body.jpgPar la grâce de sa rencontre avec Russel « Muscle » Morgan, Dorothy Turnipseed, jeune dactylo originaire de Waycross, en Georgie, a vaincu l’obésité et est devenue Shereel Dupont, candidate au prix de Miss Cosmos qui se dispute à l’hôtel Blue Flamingo de Miami. Psychologiquement fragile après des mois d’un régime strict et d’un entraînement épuisant sous la houlette de son entraîneur et mentor, Shereel voit débarquer toute sa famille déjantée sur les lieux du concours : sa mère, son père alcoolique, ses deux frères débiles, sa sœur obèse qui entame une romance avec Billy « Bat » le bodybuilder au dos le plus puissant, et surtout Clou, son fiancé, revenu du Viêtnam encore plus fêlé qu’à son départ, amateur de couteaux et d’explosifs et prêt à en découdre avec tous ceux, nombreux, qui ne lui reviennent pas.

Certes, j’aurais aussi pu chroniquer La foire aux serpents  ou Le roi du K.O. pour évoquer Harry Crews plutôt qu’un roman souvent considéré comme mineur. Mais c’est un fait que Body m’a particulièrement emballé.

Comme toujours chez Harry Crews, le lecteur se trouve plongé dans l’Amérique profonde, celle des rednecks et des laissés pour compte. Comme toujours aussi, les personnages sont hauts en couleurs et décrits avec un mélange d’ironie, d’humour grinçant et de tendresse. Car Harry Crews aime ses personnages et ne les jugent pas. Il décrit et donne la parole à une Amérique qui n’a que rarement voix au chapitre, si ce n’est sur d’obscures chaines du câble où lorsqu’il s’agit d’envoyer un peu de chair à canon faire une guerre lointaine.

Le parcours de Dorothy/Shereel pour s’extraire de sa condition d’obèse et de plouc par le biais d’une quasi foire aux monstres dans laquelle les plus vils penchants de chacun sont exploités, sans pour autant renier ce qu’elle est, nous entraîne dans une hallucinante farce grotesque, glauque, effrayante, dramatiquement belle, et qui en dit peut-être plus long qu’une étude sociologique.

                 On ne le répètera jamais assez : il FAUT lire Harry Crews.

Harry Crews, Body, Gallimard, La Noire, 1994. Rééd. Folio Policier, 1999. Traduit par Philippe Rouard.

Du même auteur sur ce blog : Car ; Nu dans le jardin d'Éden ; Le Roi du K.O. ; Les portes de l'Enfer ;

Publié dans Noir américain

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titcamisol 04/09/2011 07:28


La malédiction du gitan est à mon gout le meilleur !


Yan 04/09/2011 12:52



Quant à moi j'ai un faible pour la foire aux serpents.



christophe 05/08/2011 09:52


un bémol à mon précédent commentaire "des savons pour la vie" est le seul Crews avec lequel je n'ai pas accroché... mais peut-être devrai-je le relire...


Yan 05/08/2011 10:06



Ah! La quatrième de couverture, pour autant que je m'en souvienne, était pourtant accrocheuse.



christophe 04/08/2011 19:50


je dirai même plus, il faut lire TOUT Harry Crews...


Yan 04/08/2011 19:59



Ben va falloir que je m'y mette. J'attends la réédition (un jour, peut-être?) de Car et Des savons pour la vie.



heptanes fraxion 03/08/2011 19:25


putain,ouais,si je peux me permettre...il n'écrit pas plus haut que son cul !


Yan 03/08/2011 19:28



Mais je t'en prie, ça a au moins le mérité d'être clair!



heptanes fraxion 03/08/2011 18:11


je crois savoir d'ailleurs que Johnny Depp a acquis les droits de "la malediction du gitan"...j'imagine ce qu'un Terry Gilliam ou un Kusturica Américain pourrait tirer de ce phénomène.Il y a aussi
le bouquin de Maxime Lachaud,"Harry Crews:un maitre du grotesque",cher mais précieux..."body" m'avait fortement marqué et bien plus d'ailleurs que "la foire",le "chanteur" ou le "roi" !
Je vois pas d'équivalent français à cette littérature outrancière et tendre,satirique et humaniste.
un genre à part entière !


Yan 03/08/2011 19:21



Effectivement, il y aurait de quoi faire en version cinéma... D'accord avec toi sur Body qui m'a aussi beaucoup marqué. Harry Crews est à mon avis un auteur qui n'a pas toujours la place
qu'il mérite. Il parle pourtant bien mieux, avec toute son outrance, du monde dans lequel on vit et de ce que nous sommes, que bien des auteurs plus renommés.