Plus jamais seul, de Caryl Férey

Publié le par Yan

Plus de dix ans après La jambe gauche de Joe Strummer, c’est avec curiosité que l’on attendait la nouvelle aventure de Mc Cash, le privé borgne en train de pourrir sur pied. Curiosité et pour moi, il faut le dire quelque appréhension après quelques déceptions avec Mapuche et un Condor qui est un des rares livres que je n’ai pas fini ces dernières années.

Plus jamais seul commence d’une manière assez classique. Un homme disparaît en mer après que son bateau a été heurté par un cargo du côté du détroit de Gibraltar. Or, Marco, le naufragé, était un ami de Mc Cash. Ce dernier, qui essaie de se rapprocher un peu de sa fille adolescente rencontrée seulement quelques années auparavant mais ne se sent définitivement pas l’âme d’un père modèle, voit peut-être dans cette affaire l’occasion de s’extraire un moment de cette nouvelle vie un peu trop calme. D’autant plus que l’évocation de Marco fait remonter à la surface de vieux souvenirs et notamment celui d’un amour déçu. Voilà donc le borgne et son bandeau de pirate en route pour de nouvelles aventures dans les milieux assez peu ragoûtants des bourgeois attachés à leur patrimoine – les parents de Marco qui ne veulent pas laisser filer entre les pattes de leur bru un héritage conséquent – et des trafiquants d’êtres humains profitant de la crise des réfugiés en Méditerranée.

Si tout cela est assez attendu, il n’en demeure pas moins que l’on aborde avec un certain plaisir dans ce roman rentre dedans et qui joue sans vergogne la carte de l’outrance, tant dans le comportement du héros et ses confrontations avec les autres, verbales ou physiques, que dans l’humour.

Le problème, toutefois, assez rapidement, c’est que cette volonté d’éliminer la nuance, finit par desservir le sujet de fond du roman – l’exploitation des réfugiés. Les méchants sont très méchants, certes, mais les gentils sont aussi très gentils… un peu trop, peut-être. Mais plus que ça, on est gêné par le télescopage d’une enquête volontairement échevelée et dans laquelle on peut à ce titre s’accommoder de quelques raccourcis si ce n’est d’incohérences, avec la description d’une réalité, celle de la crise économique en Grèce et celle des migrants en Méditerranée, avec laquelle l’auteur choisit d’être très didactique au risque de sembler rapporter simplement des articles de journaux ou d’une encyclopédie en ligne. Autant dire que, sur un sujet dans la même tonalité, on est bien loin de la finesse d’Evan Dolan, par exemple.

Roman perdu dans un entre deux, ni totalement débridé, ni totalement sérieux, mais aussi entre ce grand sujet de société, éminemment politique, et les états d’âmes de Mc Cash vis-à-vis de ses amis et des femmes de sa vie, Plus jamais seul, s’il se lit sans véritable déplaisir, sera sans doute pour notre part vite oublié.

Caryl Férey, Plus jamais seul, Gallimard, Série Noire, 2018. 319 p.  

Du même auteur sur ce blog : La jambe gauche de Joe Strummer ; D’amour et dope fraîche ; Mapuche ;    

Publié dans Noir français

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Pierre-Jean 18/03/2018 07:02

Ferey est nul ! Utu et Zulu me sont tombés des mains...Je ne comprends pas qu'on puisse porter aux nues un type qui écrit comme un cochon à ce point-là...

Odin 10/06/2020 01:41

Tout à fait d'accord. "Plus jamais seul" m'est tombé des mains au bout de quelques pages. Caricatural et parfaitement nul .