Il reste la poussière, de Sandrine Collette

Publié le par Yan

La lecture il y a deux ans du premier roman de Sandrine Collette, Des nœuds d’acier, avait laissé un petit goût d’inachevé. L’histoire suscitait l’intérêt, le style de l’écriture était sobre et agréable, mais l’auteure se faisait parfois bien trop démonstrative. C’est avec cela encore en tête qu’a été abordé Il reste la poussière, quatrième roman de Sandrine Collette, et avec une légère réticence en voyant que l’action se déroulait en Argentine ; car s’il y a quelque chose de compliqué pour un auteur, c’est bien de se projeter dans une autre culture tout en restant convaincant et en se gardant des clichés.

Réticence vite levée : si la pampa offre à Sandrine Collette la possibilité de faire évoluer son personnage principal, le jeune Rafael, dans une immensité inhospitalière, il n’en demeure pas moins que cette histoire de haine familiale pourrait sans cela se tenir à peu près n’importe où dans le monde et à n’importe quelle époque. On est donc là quelque part dans la steppe patagonienne entre la fin du XIXème et le début du XXème siècle. Quatre enfants et une femme vivent à la ferme de l’élevage de bovins et de moutons. Il y a les aînés, les jumeaux Joaquin et Mauro, brutaux et brûlant de haine à l’égard du plus jeune, Rafael. Il y a aussi Steban, le cadet, un peu attardé. Il y a surtout la mère. Avare, alcoolique, violente, elle mène tout ce petit monde à la baguette jusqu’au jour où elle perd Joaquin au poker contre un autre propriétaire terrien. Dès lors, le fragile équilibre de la peur et de la violence qui règne à la ferme va commencer à se désagréger. Et le départ de Rafael à la recherche de chevaux échappés va encore aggraver les choses.

La rigueur du climat, l’âpreté des sentiments, la violence des échanges, le poison de relations familiales fondées uniquement sur l’utilité des paires de bras mises au monde pour pouvoir travailler à la survie de la ferme sont au cœur du roman de Sandrine Collette. Inanité d’une vie où, en fin de compte, il ne s’agit de rien d’autre que vivre pour vivre sans autre horizon que de continuer ainsi jusqu’à la mort. C’est ce dont pourront se rendre compte Rafael à travers la découverte de la liberté que lui offre sa quête des chevaux enfuis, et Joaquin au sein d’une équipe de travailleurs qui ont tôt fait de lui porter plus d’attention et de chaleur qu’une vie entière auprès de sa mère.

On n’est finalement pas loin de la captivité déjà au centre de Des nœuds d’acier. Et si dans ce premier roman l’homme se déshumanisait peu à peu, il fait ici le chemin inverse qui n’est pas pour autant plus facile. Le tout est porté par une plume élégante mais limpide, sans affèteries inutiles, et qui offre à voir ponctuellement des images saisissantes. Sandrine Collette excelle autant dans ses descriptions des animaux que dans celles des sentiments humains et surtout, dans l’exercice difficile qui consiste à faire saisir les non-dits qui régissent les relations de ses personnages. De la belle ouvrage.

Sandrine Collette, Il reste la poussière, Denoël, 2016. 302 p.     

Du même auteur sur ce blog : Des nœuds d’acier ;

Publié dans Noir français

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Marik 07/09/2016 16:29

Je ne suis pas du tout d'accord avec votre analyse, et en aucun cas je dirais que le style de Sandrine Collette est "mièvre" ni que le récit est "lissé". Au contraire, l'âpreté des personnages est bien rendue, l'hostilité de l'environnement est palpable, les non-dits en filigrane, imperceptiblement s'immiscent dans le cerveau du lecteur. La prise de risque existe, et je ne suis pas certaine que le public soit aussi large que cela... Je mets cet ouvrage au rang des romans noirs publiés à La Manufacture de Livres dans la collection Territori (Séverine Chevalier "Clouer l'ouest" ou Franck Bouysse "Plateau").
Une bibliothécaire passionnée...

franco 01/04/2016 16:43

Sandrine Collette fait à mon sens pâle figure au noir. A mon sens il y a une dichotomie totale entre ses sujets qui se prêtent aux romans du genre et une écriture complètement retenue. Un exercice qui ressemble à s'interdire un style brut au profit d'un style bien mièvre. Vous avez saisi : je n'apprécie pas le "lissage" du récit entretenu comme pour plaire à un large public sans prise de risque. Merci pour votre blog