Et toujours les forêts, de Sandrine Collette

Publié le par Yan

Enfant non désiré, Corentin a passé sa prime enfance balloté d’un foyer instable à l’autre avant d’être définitivement abandonné par sa mère à son arrière-grand-mère, Augustine. Auprès de la vieille femme, dans ces lieux isolés, le garçon trouve un équilibre et la part d’amour qui lui a été refusée jusqu’alors. Parti à la « Grande Ville » pour poursuivre ses études, tout en se promettant de revenir auprès d’Augustine, Corentin découvre une nouvelle vie faite d’insouciance et de fêtes, d’amitiés et d’amours éphémères jusqu’à la nuit de la catastrophe. Descendus dans les catacombes, Corentin et ses amis ressentent une terrible explosion. À leur sortie à l’air libre, ils découvrent un monde calciné. Dès lors, le jeune homme n’a plus qu’une idée en tête : revenir aux Forêts, retrouver Augustine.

« Ce fut la fin du monde et ils n’en surent rien. »

Commencé comme le récit d’une errance affective, d’une vie niée, refusée et qui se construit malgré tout, Et toujours les Forêts, on l’a compris, bascule dans le roman post-apocalyptique. Pourtant, la quête d’amour de Corentin, presque désespérée, au point de basculer dans la contrainte violente, demeure au cœur de ce récit âpre. Peut-on reconstruire un monde à partir de rien ? Le faut-il même ? Et peut-on en fin de compte en créer un nouveau, meilleur, où sommes-nous condamnés à répéter à l’infini les mêmes erreurs ? Ce sont là, parmi d’autres, les questions que pose Sandrine Collette à travers le destin tragique de Corentin.

Le récit de Et toujours les Forêts se déploie d’une manière bien particulière qui mêle une fausse linéarité à un étrange jeu d’ellipses. On commence ainsi par suivre Corentin à travers différents moments de son enfance et de son adolescence jusqu’à la catastrophe, puis dans les semaines qui suivent celle-ci, presque au jour le jour avant que, de nouveau, les tableaux se fassent plus espacés dans le temps. Cela tient bien entendu à la nécessité de raconter à la fois une vie – et même des vies à partir d’un moment – et une période charnière au centre du récit, mais on ne peut s’empêcher de penser que cette façon élastique de traiter le temps participe autant de l’ambiance étrange de ce roman que le monde mort qu’il décrit. Si elle sacrifie aux passages obligés de ce type de récit post-apocalyptique – errance, recherche de moyens de subsistance, rencontre avec une humanité survivante qui inspire la méfiance – Sandrine Collette fait aussi le choix de ne rien expliquer et de prendre autant de libertés qu’elle le peut : on ne saura pas ce que fut exactement la catastrophe, pas plus que nous n’aurons d’explications sur la résistance d’un certain nombre de personnes et d’objets – à commencer par ces conserves essentielles – à un fléau qui semble avoir calciné le monde entier. Ceci accepté, le lecteur pourra se laisser transporter en ces lieux éteints, privés de soleil où, si la survie prime et si les êtres sont endurcis par l’épreuve à laquelle ils sont confrontés, les humains demeurent ce qu’ils sont : des animaux qui veulent instinctivement perpétuer leur race, mais aussi des êtres qui, d’une manière ou d’une autre, recherchent un amour qui, bien souvent, leur glisse entre les doigts.

Quitte à se répéter, quelques années après Il reste la poussière, on retrouve dans ce nouveau roman de Sandrine Collette ce qui nous avait déjà séduit dans sa manière de décrire le monde avec simplicité et poésie, de faire émerger les non-dits, de dire en fait le silence. Et si les sujets qu’elle aborde semble être encore les mêmes, ces lieux hostiles qui apparaissent comme de potentielles prisons autant qu’ils ouvrent des possibilités d’évasion ou d’émancipation, l’ambigüité et la violence des relations familiales, elle arrive pourtant à se renouveler et à surprendre.

Sandrine Collette, Et toujours les Forêts, JC Lattès, 2020. 334 p.

Du même auteur sur ce blog : Des nœuds d’acier ; Il reste la poussière ;

Publié dans Littérature "blanche"

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Gaëtane 30/08/2020 11:33

Je viens de finir ce livre et je suis assez d'accord avec ta chronique. Par contre, j'ai été très choqué du traitement des viols subis par Mathilde.
Pour le reste, cela m'a fait penser ç Ravages de Barjavel.