Nid de vipères, d'Edyr Augusto

Publié le par Yan

Le troisième roman d'Edyr Augusto à paraître aux éditions Asphalte nous amène de nouveau dans l'État du Pará. Après les rues de Belém et les villégiatures de l'île de Mosqueiro, c'est au cœur de l'Amazonie et du pouvoir local qu'Augusto nous entraîne, sur les pas d'Isabela Pastri, séduisante et brillante jeune femme prête à tout pour venger l'humiliation de sa famille, le passage à tabac de son père et le viol de sa mère par un trafiquant de drogue alors qu'elle n'était encore qu'une enfant. Or, Wlamir Turvel, depuis l'époque où il s'appropriait ainsi la scierie de la famille Pastri, est devenu le gouverneur du Pará.

C'est à travers une construction polyphonique et tortueuse dans laquelle se mêlent personnages et divers moments du récit qui vont finir par s'emboîter pour donner un tout cohérent qu'Edyr Augusto insuffle à son roman la vitesse et le suspense qui en font autre chose qu'une histoire de vengeance de plus. Au fur et à mesure que les pièces du puzzle se mettent en place sous les yeux du lecteur, la lumière se fait sur les motivations de chacun, sur les coups du destin qui frappent les protagonistes et les projettent les uns contre les autres, tandis que la tension va crescendo vers un dénouement que l'on pressent forcément violent.

Par la même occasion l'auteur pointe la corruption et, comme dans Belém et Moscow, cette société dans laquelle les corps sont devenus des marchandises comme les autres et donc, pourquoi pas les armes par lesquelles peuvent s'exercer la violence ou la vengeance. Le crime fondateur peut-il réellement être vengé ? La vengeance peut-elle apporter la paix ou n'est-elle qu'un moyen d'éviter de vivre une vie dont on ne veut plus vraiment ? La lâcheté est-elle chez ceux qui préfèrent tirer une croix sur le passé ou chez ceux qui s'y refusent ? Ce sont là quelques questions parmi d'autres que pose Edyr Augusto dans ce roman tendu et violent dont le lecteur pourra tirer ses propres conclusions. Autant dire que cela vaut le détour.

Edyr Augusto, Nid de vipères (Casa de caba, 2004), Asphalte, 2015. Traduit par Diniz Galhos. 151 p.

Du même auteur sur ce blog : Belém ; Moscow ; Pssica ;

Publié dans Noir latino-américain

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