Red Grass River, de James Carlos Blake

Publié le par Yan

redgrassriverQuatrième roman de James Carlos Blake après L’homme aux pistolets, Les amis de Pancho Villa et Crépuscule sanglant, Red Grass River est le septième à être traduit chez Rivages (Un monde de voleurs et Dans la peau, plus récents ont été traduits en France avant lui). Une précision qui n’est pas qu’anecdotique puisque, d’évidence, on se trouve là, par les thèmes abordés, à la croisée des chemins quelque part entre Crépuscule sanglant et Un monde de voleurs (et même si un autre roman pas encore traduit chez nous, Wildwood Boys, s’insère dans la bibliographie de Blake entre Red Grass River et Un monde de voleurs).

En effet, en nous contant les douze années de l’épopée de ce qui deviendra le gang Ashley, braqueurs et trafiquants d’alcool des Everglades, entre 1912 et 1924 et en axant son récit sur la haine brûlante d’une amitié quasi fraternelle et déçue entre John Ashley et le shériff Bob Baker, James Carlos Blake reprend là les ingrédients qui sont la marque de ses romans : l’amour et la haine fraternels, la fidélité au clan familial, l’esprit de vengeance et de conquête d’une nouvelle Frontière, et la construction chaotique d’un pays.

Car c’est bien tout cela que Blake arrive à faire tenir dans ses romans extrêmement riches sans pour autant multiplier les pages. Ici donc, en suivant le fil de l’affrontement entre John Ashley et Bob Baker dans les marais des Everglades, ce « Jardin de l’Enfer », alors que Miami commence à se développer et que le trafic d’alcool entre les Caraïbes et la côte de Floride s’intensifie, il nous convie à assister à la fin d’un monde et des valeurs archaïques – mais pas pour autant indéfendables – qui s’y rattachent en même temps qu’à la naissance d’un autre. C’est d’ailleurs par bien des aspects cet écartèlement entre ces deux mondes, celui des Everglades, de ses trafics plus ou moins traditionnels et tolérés, et celui de la ville qui pousse anarchiquement, de la recherche de plaisirs faciles et rapides, qui précipitera la chute annoncée des Ashley.

Le talent de James Carlos Blake, dans ses foisonnants récits romancés d’épisodes véridiques de cette histoire au ras du sol de la construction des États-Unis modernes, c’est bien sa capacité à allier le souffle épique et la complexité des sentiments humains. Ses héros sont aussi tous, par bien des aspects, des salauds, et c’est bien pour cela que l’on s’y attache.

Red Grass River vient, après ses autres romans déjà parus en France, confirmer l’immense talent de James Carlos Blake, cette capacité à nous immerger dans un lieu, dans une époque et dans le cœur de ces hommes et femmes de rien dont il nous narre les destins épiques et tragiques.

« Tous ces… Tous ces comptes à régler, c’est de la connerie ! Y a bien trop de gens qui ont bien trop de comptes à régler dans le monde, Johnny. Si on commence pas à laisser pisser, alors on passera le reste de notre vie à les régler, en effet. C’est pas une vie, bordel. C’est juste un moyen de pas vivre vieux ».

James Carlos Blake, Red Grass River (Red Grass River : A Legend, 1998), Rivages/Thriller, 2012. Traduit par Emmanuel Pailler.

NB : Les protagonistes de ce roman mangent régulièrement du « dauphin ». Il s’agit en fait du mahi-mahi, ou dorade coryphène, que les Américains appellent couramment « dolphin ». Pas la peine de lancer une pétition pour sauver Flipper.

Du même auteur sur ce blog : Crépuscule sanglant ; La loi des Wolfe ; La maison Wolfe ;

Publié dans Noir américain

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Jean-Marc 21/05/2012 10:30

Je suis en train de le terminer, un vrai plaisir !

Yan 21/05/2012 11:02



Alors on aura l'occasion d'en reparler. Je me suis régaler à cette lecture comme avec les romans précédents de Blake. Et peut-être même un peu plus.