Boulevard des branques, de Patrick Pécherot

Publié le par Yan

boulevarddesbranques.jpgDes années que j’entends parler de Patrick Pécherot. Au point d’ailleurs que j’avais il y a déjà quelques temps acheté un de ses livres, ce Boulevard des branques, qui prenait depuis tranquillement la poussière sur mes étagères. Il aura fallu une belle chronique des Brouillards de la Butte sur One More Blog in the Ghetto, pour que je finisse par m’y coller.

Boulevard des branques, donc, c’est une aventure de Nestor, détective de l’agence Bohman, que le lecteur averti (pas moi, donc) a déjà pu croiser dans Les brouillards de la Butte et Belleville-Barcelone. Dans le chaos de l’Exode de juin 1940, Nestor est chargé de la garde d’un psychiatre suicidaire. Et déterminé, puisque, malgré cette protection rapprochée, le médecin réussit à se tuer. Du moins le semble-t-il, puisqu’il s’avère vite que l’on a sans doute aidé le docteur à passer l’arme à gauche. Au même moment, Nestor reçoit un étrange message, un appel à l’aide d’un inconnu évacué à Chartres dans un train transportant des malades mentaux. En ces temps troublés, le détective va tenter de faire la lumière sur une affaire dans laquelle se mêlent truands demi-sel, faux fous, vrais malades, psychiatres eugénistes, flics pourris et résurgences de la guerre d’Espagne.

Une histoire dense, donc, mais contée avec légèreté. Pécherot sait que l’on n’attrape pas les mouches avec du vinaigre. Et donc, c’est sous le couvert d’une écriture ironique dans un argot revisité mais qui arrive à sonner vrai, parsemée de métaphores réjouissantes (« Les points noirs lui donnaient un faux air de foie gras truffé »), qu’il nous sert une intrigue complexe placée dans un contexte parfois difficile à appréhender.

Son tour de force est de nous balancer dans la France occupée, de nous en dépeindre l’atmosphère, d’y placer des références historiques et des anecdotes, sans jamais casser le rythme de son récit ou paraître lénifiant. Et l’on imagine, sous l’apparente simplicité du texte, le travail de fond nécessaire à l’auteur pour rendre tout cela ingérable sans problème pour le lecteur.

Pécherot, la plume alerte, met la petite histoire au service de la grande et réussit à écrire un polar historique séduisant. C’est de la bien belle ouvrage.

Patrick Pécherot, Boulevard des branques, Gallimard, Série Noire, 2005. Rééd. Folio Policier, 2008.

Du même auteur sur ce blog : Tranchecaille ; Une plaie ouverte ;

Publié dans Noir français

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ONE MORE BLOG IN THE GHETTO 14/03/2012 10:19

Hello EDN
D'abord, merci pour le lien.
Ensuite, très content que tu aies accroché à ce très bon auteur et je partage ton avis sur les qualités de l'écriture de Pécherot. Celui-là est dans ma Pàl et ton article me donne envie de
replonger dans cet auteur plus vite que ce que j'avais prévu.
Amitiés

Yan 14/03/2012 16:50



Merci, merci et encore merci. Je me suis régalé et je compte bien me régaler à nouveau avec Tranchecaille d'ici peu.