La légende de Santiago, de Boris Quercia

Publié le par Yan

« Je suis la pomme pourrie dans le panier, personne ne veut rester dans mes parages. Je suis l’exemple même du flic raté, qu’on montre du doigt aux nouveaux. Pour recadrer un petit jeune, j’ai entendu un collègue dire : "Si tu continues comme ça, tu vas finir comme Quiñones." Je suis une légende, ils me croient capables de tout, et comme souvent dans les légendes, tout est faux. »

Oui… enfin bon, quand il dit ça, Santiago Quiñones vient tout de même d’euthanasier son beau-père avec un coussin. Et après Les rues de Santiago et Tant de chiens, on commence à connaître l’animal que l’on retrouve, il est vrai, avec un réel plaisir. Après donc avoir occis le mari de sa mère, Santiago retrouve sa routine de flic chilien, ou presque. En effet voilà que, d’un côté une bande de fachos s’est donné pour mission de tuer des immigrés. Et que d’un autre côté, notre héros est tombé par hasard sur une scène de crime où se trouvait, outre un cadavre de chinois, un beau paquet de cocaïne que Quiñones, un peu déprimé par la fin annoncée de son histoire d’amour avec la belle Marina et un petit peu aussi par quelques remords à propos de sa manière d’accompagner les vieillards en fin de vie, semble avoir décidé de sniffer jusqu’au bout.

C’est donc parti pour 250 pages sans temps mort, naviguant entre le vaudeville sous amphétamines, la traque à l’aveugle d’assassins pourtant pas vraiment discrets, grosses montées de paranoïa débouchant sur des explosions de violence et un constant jeu de faux-semblants. Confronté à son collègue García, avec la femme duquel il entretient une relation et qui semble souvent trop sympathique pour être honnête, poursuivi par des Chinois un brin agacés qui le soupçonnent d’avoir tué l’un des leurs, sujet à des malaises vagaux que la cocaïne n’aide pas vraiment à combattre, le cœur brisé et avec sur le dos une mère qui ne se remet pas de la mort de son mari et un demi-frère un peu envahissant, Santiago Quiñones a fort à faire.

Ça pourrait vite devenir pesant, ça pourrait finir par s’essouffler, mais une fois encore Boris Quercia maîtrise parfaitement son intrigue. Sans jamais relâcher la pression, le pied toujours sur l’accélérateur, il trouve tout de même le moyen de casser un peu le rythme avec une petite introspection de son héros bourrée de second degré ou une scène inattendue et réjouissante comme cette superbe poursuite d’un échantillon d’urine. Tout cela donne en fin de compte un roman brutal, émouvant à sa manière, et aussi franchement amusant. Un grand plaisir de lecture, une fois encore.

Boris Quercia, La légende de Santiago (La sangre no es agua, à paraître en 2019), Asphalte, 2018. Traduit par Isabel Siklodi. 250 p.

Du même auteur sur ce blog : Les rues de Santiago ; Tant de chiens ;

Publié dans Noir latino-américain

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