Les rues de Santiago, de Boris Quercia

Publié le par Yan

les-rues-de-santiago-412468-250-400C’est allongé sous une voiture, épiant les membres du gang des Guateros que lui et le reste de son équipe s’apprêtent à arrêter, que l’on découvre Santiago Quiñones, policier à Santiago du Chili. Une seule pensée occupe Santiago : «  Je n’ai pas envie de tuer qui que ce soit, pas aujourd’hui. » Et si cette idée le tenaille, c’est qu’il sait bien qu’il tuera aujourd’hui. Baltasar, jeune gangster de quinze ans en fait les frais. Commence pour Santiago une errance dans sa ville et des rencontres qui l’entrainent sur des chemins et un passé qu’il n’a pourtant pas forcément envie d’explorer.

Variation autour du personnage du héros hardboiled et des codes afférents au genre, Les rues de Santiago a pour lui l’originalité du décor dans lequel évolue Quiñones et dont il fait partie intégrante, un Chili rude, gangréné par la corruption et les petits arrangements mais cependant éminemment optimiste.

Santiago Quiñones est d’ailleurs à l’image de cette toile de fond. Ni bon ni mauvais, se laissant plus ou moins porter par le courant jusqu’à ce qu’il soit forcé d’agir, il apparaît pour ce qu’il est : ni foncièrement un salaud malgré une ancienne faute qui le poursuit et finit par le rattraper, ni vraiment un héros, sans pour autant être banal. Il a pour lui un regard sardonique sur le monde qui l’entoure et sur sa vie, mais aussi une belle capacité à accorder sa confiance et à aimer.  

Car sous couvert de roman noir avec tueurs embusqués et escroquerie bancale, Boris Quercia écrit aussi une belle histoire d’amour, épicée et ne tombant jamais dans le sentimentalisme sirupeux, et surtout l’histoire d’un homme à la recherche de lui-même dans un monde dans lequel il se reconnaît de moins en moins et risque de plus en plus de se perdre.

Acéré mais pas désespéré, Les rues de Santiago, transporte le lecteur à son rythme faussement indolent mais pas vraiment trépidant, et lui offre à voir un bout d’humanité qui souffre, certes, mais ne capitule pas, offrant d’ailleurs un final au bout duquel brille encore une lumière.

Boris Quercia, Les rues de Santiago (Santiago Quiñones, tira, 2010), Asphalte, 2014. Traduit par Baptiste Chardon.

Du même auteur sur ce blog : Tant de chiens ;

Publié dans Noir latino-américain

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Pierre FAVEROLLE 18/03/2014 20:25

Salut Yan. Ce roman, c'est un coup de coeur chez moi. Et, échange de bons procédés, je suis en train de lire Filles de Frederick Busch que tu avais chroniqué il y a quelque temps. Amitiés

Yan 18/03/2014 21:03



Oui, j'ai lu ta chronique. Filles, c'est vraiment bien, mais très particulier!