Tant de chiens, de Boris Quercia

Publié le par Yan

Comme Les rues de Santiago, premier roman de Boris Quercia, Tant de chiens s’ouvre sur une fusillade. Et encore comme dans Les rues de Santiago, quelqu’un va rester sur le carreau. C’est Jiménez, le coéquipier de Santiago Quiñones qui y passe cette fois. Et bien vite Quiñones va s’apercevoir que Jiménez était mêlé à de sales affaires. L’apparition par ailleurs de Yesenia, ancienne voisine dans le quartier où le policier a passé son enfance, vient par ailleurs pousser un Santiago dont le couple est à le dérive à s’enfoncer un peu plus dans un boulot qu’il décide de faire autant par opiniâtreté que pour se prouver qu’il est encore quelqu’un de bien et de droit. Quitte à entraîner dans sa descente dans les enfers que recèlent les dessous de la capitale chilienne ceux qui l’aiment ou qui voudraient l’aider.

On a déjà eu l’occasion de dire ici tout le bien que l’on pensait du premier roman de Quercia et du plaisir que l’on avait eu à lire cette variation autour du héros dur à cuire et bourré de failles. L’auteur franchit un nouveau palier avec Tant de chiens, plus âpre, plus violent et nettement moins indolent mais avec toujours, derrière, ces fêlures qui font de Quiñones un personnage qui tient la route et dont les défauts, pour aussi grands qu’ils puissent être, sont compensés par la force de son engagement, par la douleur qu’il charrie et par la cruelle lucidité du regard qu’il porte sur le monde dans lequel il vit et les milieux dans lesquels il fraie, y compris l’institution qu’il est censé servir.

Car l’autre personnage, c’est bien entendu ce marigot qu’est la capitale chilienne. Rongée par la corruption, pas encore complètement libérée des réflexes de la dictature, la ville n’en finit pas de distiller son poison.

Plongé là-dedans jusqu’au cou, Santiago Quiñones n’a d’autre choix que de mettre des coups de pied dans la fourmilière et de voir ce qui en sort. Une bonne méthode pour s’en prendre plein la tête. Ça ne manque pas, bien sûr et c’est avec une certaine sidération que l’on suit le flic de Quercia dans sa quête de vérité teintée de masochisme. L’auteur chilien ne prend pas de gants et fonce dans le tas sans pour autant que la violence à laquelle il expose ses personnages soit gratuite. Tant de chiens n’est pas un de ces romans qui abandonnent tout à l’action et aux rebondissements mais un roman noir pur jus qui n’exprime jamais que la violence des rapports sociaux, bien plus dure que celle, physique, que subissent Quiñones et ceux qui l’entourent. Autant dire que si vous aimez le noir intelligent et turbulent vous avez tout intérêt, si ce n’est déjà fait, à découvrir Boris Quercia.

Boris Quercia, Tant de chiens (Perro Muerto, à paraître en 2017 en VO), Asphalte, 2015. Traduit par Isabel Siklodi. 199 p.

Du même auteur sur ce blog : Les rues de Santiago ;

Publié dans Noir latino-américain

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