Molosses, de Craig Johnson

Publié le par Yan

Geo Stewart, propriétaire excentrique d’une casse et gardien de la déchetterie du comté vient accidentellement de tester la glissade sur route tracté par une automobile conduite par son petit-fils. Le vieil homme à le cuir solide mais n’a pas fini d’éprouver sa chance et sa solidité. Car, comme Walt Longmire, appelé par ailleurs pour retrouver le propriétaire d’un pouce retrouvé dans une glaciaire à la déchetterie ne va pas tarder à s’en apercevoir, la famille Stewart semble attirer les accidents.

Craig Johnson choisit donc d’attaquer ce sixième roman mettant en scène le shérif Longmire par le biais d’un humour pour le moins débridé. L’on voit donc le représentant de la loi compter les multiples blessures qu’il a pu accumuler depuis qu’on le suit et en ajouter quelques autres, tenter de préserver les amours d’un couple de vieillard, soigner un perroquet dépressif, et veiller à la santé d’un Geo Stewart confronté à la fois la maladresse de son petit-fils et à la fureur d’un agent immobilier. Sans compter les molosses du titre et leur propension à mordre les fesses de la loi. Et puis, petit à petit, la noirceur s’insinue dans tout cela et la tension monte.

Commencé comme une farce Molosses prend lentement mais sûrement le chemin de la tragédie. Avec toujours, en arrière-plan, cette météo extrême du Wyoming qui pèse sur les âmes des protagonistes. Elle aussi, comme dans les autres romans de Craig Johnson, tient une réelle importance, au point de devenir quasiment un personnage à part entière ; et si elle participe de la comédie des premiers chapitres, elle se fait peu à peu plus mordante.

Tout cela donne un bien étrange volume, sorte d’intermède dans la série où l’humour et la noirceur de Johnson se trouvent tous les deux plus appuyés que dans ses précédents livres. De quoi déstabiliser le lecteur, certes, voire le décevoir un peu, où bien lui offrir un moment qui apparaît finalement plus léger. Mais aussi un épisode qui tient une réelle importance dans la construction des personnages récurrents de l’auteur qui continue, sur le long terme, à tisser entre des relations de plus en plus fines et complexes. C’est ici au tour de Saizarbitoria d’occuper le devant de la scène d’une plutôt belle manière.

Bref, Molosses n’est certainement pas le meilleur roman de Craig Johnson, mais il demeure toutefois un divertissement plus qu’honnête servi moins – une fois n’est pas coutume chez un auteur américain – par la capacité à entretenir un suspense constant que par le simple talent de conteur de l’auteur et son extraordinaire capacité à créer des personnages étoffés et complexes.

Craig Johnson, Molosses (Junkyard Dogs, 2010), Gallmeister, 2014. Traduit par Sophie Aslanides. 314 p.

Du même auteur sur ce blog : Le camp des morts ; L’indien blanc ; Enfants de poussière ; Dark Horse ; Tous les démons sont ici ; Steamboat ; À vol d'oiseau ; La dent du serpent ;

Publié dans Noir américain

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atef 20/10/2015 16:16

Rien à voir avec cette chronique en particulier mais , quel beau site et quel travail remarquable accompli par ces chroniques. Chacune m'a donné envie de découvrir un auteur différent, chose que mon portefeuille a immédiatement refusé.
Bonne continuation,

Amicalement,
Atef Attia

Yan 20/10/2015 16:18

Hé bien, merci!