Une balade dans la nuit, de George Pelecanos

Publié le par Yan

unebaladeSpero Lucas, ancien marine reconverti dans l’investigation privée est contacté par Anwan Hawkins, trafiquant de marijuana qui, depuis sa prison, voit sa nouvelle filière d’approvisionnement court-circuitée et ses colis disparaître.

Comme souvent chez Pelecanos, l’intrigue tient en quelques mots. Essentiellement parce qu’elle n’est que prétexte à raconter non pas une histoire, mais une ville, Washington, toujours, et un personnage. C’est ce qui à fait le charme très particulier de cet auteur mais aussi, plus récemment, sa faiblesse avec une grande tendance dans ses derniers romans à se montrer répétitif et à verser dans un sentimentalisme un peu artificiel et lassant.

C’est donc avec une certaine appréhension que l’on abordait ce nouveau roman, en même temps qu’avec l’espoir de retrouver le Pelecanos qui nous avait emballé avec les enquêtes de Nick Stefanos, de Dereck Strange, de Terry Quinn ou la vie de Dimitri Karras.

Force est de constater que le pari est en partie tenu avec cette Balade dans la nuit qui nous fait retrouver avec plaisir les rues de Washington et découvrir un nouveau personnage, apparemment amené à revenir, à la fois attachant et complexe.

Hanté par la violence de la guerre, entouré d’amis vétérans portant les séquelles physiques et psychologiques des dernières guerres menées par l’Amérique, Spero Lucas se révèle bien moins lisse qu’il n’y paraît, guidé par des principes, certes, mais qui n’hésite pas non plus à s’arranger avec sa conscience lorsqu’il tend à aller à leur encontre. Un personnage qui fait aussi des choix qui ne sont pas forcément les bons et se trouve forcé de les assumer. Bref, un de ces héros dont Pelecanos a le secret et dont on se demande, roman après roman, si sa chute est inéluctable où s’il arrivera à s’agripper à quelque branche en cours de route.

Certes, l’indéfectible pessimiste lecteur de romans noirs pourra regretter encore une certaine tendance chez l’auteur à chercher à émouvoir le lecteur avec des ficelles un peu grosses et une propension à vouloir à tout prix protéger ses personnages là où, il y a quelques romans de cela, il nous surprenait en les malmenant sans vergogne ou, même, en les envoyant à la mort. Mais on oubliera pas qu’il inaugure là une nouvelle série et qu’il y a fort à parier que les choix que commence à faire Spero Lucas dans Une balade dans la nuit auront des répercussions dans les prochains volumes qui lui seront consacrés.

C’est donc avec plaisir que l’on retrouve un Pelecanos en forme, qui semble retrouver peu à peu sa créativité et surtout sa capacité à jouer sur la complexité des personnages plutôt que sur le sentimentalisme facile et un peu grossier. Le plaisir aussi de cette façon qu’a l’auteur, en quelques mots ou en quelques dialogues bien sentis, de nous faire découvrir sa ville et de donner de l’épaisseur à son roman. On espère plus maintenant que de le voir confirmer tout cela, en encore mieux, dans son prochain livre.

George Pelecanos, Une balade dans la nuit (The Cut, 2011). Calmann-Lévy, Robert Pépin présente, 2013.Traduit par Elsa Maggion.

Du même auteur sur ce blog :  Mauvais fils ; Le double portrait ; Red Fury ;

Publié dans Noir américain

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Barthélemy 25/07/2014 22:07

Merci. C'est en lisant cette critique que j'en suis venu à parcourir votre site. Suis d'accord avec quasiment chaque mot. Pelecanos était mon héros, l'auteur dont j'attendais chaque sortie. Et
patatra sur les 3 ou 4 derniers bouquins... Malheureusement, Spero Lucas ne m'a ni rassuré ni convaincu. Trop lisse, presque trop prévisible, le personnage m'agace.

Yan 26/07/2014 16:11



Le dernier Spero Lucas en date, Le double portrait, est plutôt décevant.



Tasha 11/03/2013 10:13

Merci!!!

Tasha 10/03/2013 09:09

Celui-ci me tente bien. Aussi incroyable que ça puisse paraître, je n'ai jamais lu Pelecanos: tu me conseillerais lequel pour commencer?

Yan 10/03/2013 11:50



Je te conseillerais sans hésiter "King Suckerman", balade dans le Washington des années 1970. C'est le deuxième volet du DC Quartet ("Un nommé Peter Karras", "King Suckerman", "Suave comme
l'éternité", "Funky Guns"), mais il peut se lire indépendamment et est bien meilleur que "Un nommé Peter Karras". Si tu préfères des enquêtes plus classiques mais avec des personnages bien
fouillés, tu peux aussi attaquer par le premier volet de la série consacrée à Dereck Strange : "Blanc comme neige". Enfin, si tu aimes les barmen-vendeurs d'électroménager- détectives-
alcooliques et torturés, tu peux commencer par le premier volet de la série des Nick Stefanos : "Liquidations".


Bonne lecture!



Marie 08/03/2013 01:06

Bon sang, je dois être à côté de la plaque mais Pelecanos, j'ai jamais réussi à apprécier. Et j'en suis très dépitée, il est un auteur très talentueux même si la traduction française n'a pas été
franchement à la hauteur à mon tout petit avis... Probablement parce que je suis trop gonzesse (je n'arrive pas non plus Bukowski, ni Roth, c'est pas faute d'avoir essayé)

Yan 08/03/2013 12:07



Jacques Mailhos devrait traduire tous les auteurs américains, ça aiderait sans doute même si ça lui prendrait sans doute un peu de temps. Mais Pelecanos, c'est quand même un excellent auteur - au
moins pour la première partie de son oeuvre, les Nick Stefanos et le DC Quartet. Après, c'est vrai que c'est particulier et je comprends bien que l'on puisse ne pas y accrocher.



Jean 06/03/2013 14:23

Bonjour Yan,

J'ai encore quelques Pelecanos de la grande époque à me mettre sous la dent et je m'en réjouis. Je note celui-ci dans mon tiroir secret puisqu'il semble que l'auteur y retrouve un second souffle,
pour le grand plaisir de ces fans, dont je suis. Amitiés. Jean.

Yan 06/03/2013 14:26



Un début de second souffle en tout cas.