Red Fury, de George Pelecanos

Publié le par Yan

Apparu furtivement, si l’on en croit l’introduction de l’auteur (je n’en ai aucun souvenir) dans un précédent roman de George Pelecanos il y a de cela quelques années (Les jardins de la mort, 2008), Robert Lee Jones, dit Red Fury, est un de ces gangsters poussés autant par le désir de devenir des légendes que par un instinct de mort.

« Le lustre de la carrosserie et les plaques personnalisées rendaient facile l’identification du véhicule partout en ville, mais Robert Lee Jones s’en fichait. L’important, pour lui, c’était qu’on se souvienne de lui et que ce qu’il faisait soit fait avec classe. »

 Cela commence par le meurtre sur commande d’un junkie testeur de drogue pour remonter vers son fournisseur et le dépouiller, tout cela avec la complicité de sa compagne Coco, tenancière de bordel de son état. Puis, grisé, Jones se lance en ce printemps 1972 dans une fuite en avant semée de sang et de violence avec à ses trousses l’inspecteur Vaughn et un jeune détective privé, Derek Strange.

Auteur depuis quelques années de romans qui, sans être foncièrement mauvais, sont loin du niveau de son D.C. Quartet ou même de la série qu’il a consacrée à Terry Quinn et Derek Strange, Pelecanos semble ici chercher quelque peu à se retrouver en revenant vers un de ses personnages phares. Après avoir raconté, dans Hard Revolution les premières années comme flic de Strange au moment des émeutes de 1968, il revient donc dans ce Washington des années 1970 qui lui est familier. C’est d’ailleurs là ce qui fait l’essentiel de l’intérêt de Red Fury, cette capacité qu’a Pelecanos de faire revivre une ville et une époque avec un luxe de détails, tant matériels que moraux. Si l’on voit défiler toute une galerie de voitures, de fringues et, bien entendu de musiques de ce temps-là, on voit aussi les barrières ethniques qui peinent à se lever ou la recherche de bonne conscience de la petite bourgeoisie blanche qui peine à concilier les idéaux qu’elle voudrait défendre et les préjugés dont elle n’arrive pas à se déparer.

Du côté de l’intrigue elle-même, Pelecanos fait preuve de son savoir faire coutumier sans le forcer. Il place intelligemment ses pions et quatre arcs narratifs différents – l’enquête de Strange à la recherche d’une bague volée, celle de Vaughn à la recherche de Jones, celle de deux mafieux italiens à la recherche du même Jones, et Jones à la recherche de la gloire – amenés bien entendu à se rejoindre. Le tout est mené à bon rythme, s’enchaîne sans accrocs et se révèle donc efficace faute d’être original.

Déjà vu, déjà lu, Red Fury que Pelecanos indique avoir « écrit dans la fièvre, pendant l’été 2011 » relève certainement de la récréation pour son auteur tout comme pour le lecteur qui, s’il a déjà lu les précédents romans de Pelecanos, prendra certainement un réel plaisir sans grande surprise toutefois. Pour ceux qui ne connaitraient pas l’auteur, c’est peut-être une bonne manière de se familiariser avec son univers avant de passer à quelque chose de plus abouti comme le fabuleux King Suckerman.

George Pelecanos, Red Fury (What It Was, 2012), Calmann-Lévy, coll. Robert Pépin présente…, 2015. Traduit par Denis Beneich. 233 p.

Du même auteur sur ce blog : Mauvais fils ; Une balade dans la nuit ; Le double portrait ;

Publié dans Noir américain

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wollanup 01/02/2015 11:43

Roman bien pâle par rapport à ce qu'il savait faire.King Suckerman,vous avez raison et,pour moi,"Un nommé Peter Karras" qui était aussi du très grand polar sans être de la blackploixation.

Yan 01/02/2015 20:40

Je n'ai pas été déçu parce que je n'attends sans doute plus grand chose de Pelecanos. Ceci dit, c'est assez court et efficace et ça se laisse donc lire sans déplaisir. Il a fait pire.