Le grand retour de Kem Nunn : Tijuana Straits

Publié le par Yan

11250-mediumLes Tijuana Straits, ce sont ces courants violents qui naissent dans la baie de Tijuana, à l’embouchure de la rivière du même nom. Ils modèlent les bancs de sable auxquels la houle vient se heurter pour former les vagues que les surfeurs les plus courageux peuvent venir chevaucher. Les plus courageux, parce que l’eau ici est polluée à tel point qu’elle peut en venir à tuer. C’est là que passe la frontière entre les États-Unis et le Mexique. Et c’est là aussi, dans la Tijuana river, que viennent échouer les produits chimiques des maquiladoras qui tuent les ouvriers mexicains avant de tuer la terre aux États-Unis et de pourrir enfin l’océan. Ce sont aussi ces courants qui tuent chaque année des dizaines ou des centaines de candidats à l’émigration qui tentent leur chance pour rejoindre l’american dream. Ce sont enfin ces courants qui vont amener sur le rivage californien, côté USA, après qu’on a tenté de l’assassiner, Magdalena, jeune assistante d’une avocate qui s’attaque aux trusts américains qui dirigent les usines mexicaines.

Sam Fahey, ancienne gloire locale pour avoir surfé le Mystic Peak, la vague légendaire qui apparaît parfois dans la baie, vit reclus dans une ferme semi abandonnée dans laquelle il élève des vers de terre. Sa chute a été lente mais inexorable : après l’époque bénie où la vallée était un petit paradis et où il surfait et sauvait des vies en tant que sauveteur aux côtés de Hoddy Younger, Sam a basculé dans la drogue, le trafic, la prison, l’exclusion, la dépression. C’est lui qui va recueillir Magdalena. Ce sera l’occasion pour cet homme brisé de retrouver sa dignité, de lever la tête et d’expier ses fautes et celles de son père.

Le dernier livre de Kem Nunn, Le Sabot du Diable, a été publié en France en 2004. C’est peu dire donc, que l’on attendait le suivant avec impatience. Il est vrai aussi que s’il est un écrivain rare, Kem Nunn tient au moins toutes ses promesses. Il nous offre là un roman au souffle incomparable, à la noirceur profonde, à la beauté vénéneuse. Une fois encore les descriptions sont splendides, y compris celles des pires cloaques, et les personnages, principaux comme secondaires, sont inoubliables et viennent vous hanter longtemps après la lecture.  

Un livre noir donc, et encore un nouveau grand roman de Kem Nunn, mêlant nature sauvage et dénonciation d’un système qui broie. Les hommes, la terre, la mer. Et transforme peu à peu, inéluctablement, le paradis en enfer et les hommes en démons.

Kem Nunn, Tijuana Straits, Sonatine, 2011. Traduit par Natalie Zimmermann.

Un peu plus sur Kem Nunn ? C’est par là.

Du même auteur sur ce blog : Le Sabot du Diable ; Surf City ; Chance ;

 

Publié dans Noir américain

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chroniqueslitterairesdecorine.over-blog.com 19/05/2011 20:41


Bonjour,
Féliciations, ton blog et tes chroniques sont très sympas et je partage ton intérêt pour Kem Nunn !


Yan 19/05/2011 22:21



Merci Corine! Kem Nunn : un grand de la littérature noire et, à mon avis, de la littérature tout court. Malheureusement (ou heureusement?) bien trop rare.