Kentucky Straight, de Chris Offutt

Publié le par Yan

kentucky straightRecueil de nouvelles prenant pour cadre l’Est du Kentucky, dans les vallées ou plutôt ici les goulets des Appalaches, Kentucky Straight tient autant du noir que de la chronique quotidienne de communautés villageoises éloignées du monde, à la manière de ce que propose Daniel Woodrell dans son Manuel du hors-la-loi.

Les points de départ des nouvelles d’Offutt sont d’une banalité confondante ; une histoire de chasse, une partie de poker, un jeune adulte désirant passer un diplôme ou un camion embourbé sont autant de points d’entrée dans ces lieux où la pauvreté le dispute à l’ignorance, où les vendettas familiales sont encore au goût du jour et où l’instruction peut-être vue aussi bien comme une intrusion de l’État fédéral que comme le signe d’un orgueil mal placé.  

À partir de là, flirtant parfois avec le fantastique, Chris Offutt nous livre neuf tranches de vies qui sont autant de manières de célébrer la nature encore sauvage et de voir avec une tendresse certaine ces femmes et ces hommes tout aussi rudes que le milieu dans lequel ils vivent ou survivent parfois, durs et ensauvagés et qui, lentement, très lentement, deviennent un peu moins âpres, un peu plus conscients du monde dans lequel ils vivent, quand bien même ils entendent encore conserver leur mode de vie :

« La responsabilité de la terre s’arrêterait avec lui. La vie des hommes se passait par à-coups, accès de travail, beuveries et morts rapides, alors que les femmes s’usaient lent et régulier, comme une berge de rivière dans un méandre. Il encouragerait ses filles à partir, mais probable qu’elles resteraient et lui donneraient des petits-fils. Un jour William se retrouverait vieux en train de raconter à un gamin la fois où il a tiré d’affaire un homme des charbons qui ne le méritait pas. Il se demandait ce que le gouvernement trouverait à interdire au temps de ses petits-fils. »

Ainsi malgré la rudesse de ses histoires, Offutt réussit à donner à ses personnages l’humanité qu’ils semblent parfois refuser de voir en eux-mêmes. Sans les juger, sans les idéaliser non plus, il nous les raconte ou les laisse se raconter sans fard, sans idéaliser ni le passé ni l’avenir, sans se voiler la face sur la difficulté du présent.

Chris Offutt, Kentucky Straight (Kentucky Straight, 1992), Gallimard, La Noire, 1999. Rééd. Folio Policier, 2002. Traduit par Philippe Garnier.

Publié dans Noir américain

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