Je suis le Libanais, de Giancarlo De Cataldo

Publié le par Yan

jesuislelibanais1976. Dans la cour de la prison où il purge une petite peine, le Libanais sauve la vie du neveu d’un boss de la Camorra. Pour l’ambitieux jeune truand romain, cet acte quasi fondateur est peut-être un marchepied vers le pouvoir. D’autant plus que l’oncle de l’homme qu’il a sauvé est prêt à la mettre sur un gros coup, un trafic de drogue qui pourrait s’avérer très lucratif. Mais il faut d’abord investir et, au sortir de la prison, remettre sa bande en ordre de marche afin de faire rentrer l’argent qui permettra à ces jeunes loups aux dents longues de se faire un nom dans la pègre romaine.

Après Romanzo Criminale et La saison des massacres, Giancarlo De Cataldo revient donc vers les personnages qui ont fait son succès et poursuit la peinture de sa fresque criminelle romaine en revenant aux origines. On est en effet là dans les années qui précèdent l’ascension de la bande du Libanais, la fin de Je suis le Libanais faisant d’ailleurs la soudure avec le début de Romanzo Criminale. Ce faisant, il développe un – tout petit – peu plus le personnage du Libanais et ses liens avec les femmes ; sa mère bien entendu, mais aussi ici avec Giada la jeune étudiante bourgeoise de gauche avec laquelle il entretient une relation complexe où l’amour se mêle à la honte de ses origines et de ce qu’il est sans que pour autant cela entraîne une réelle remise en question, amenant naturellement à la dissimulation et à la manipulation. Ainsi quand Giada demande à voir l’endroit où vit le Libanais :

« -D’abord je veux voir où tu habites.

-T’aimerais pas, dit-il sèchement.

-Laisse-moi en juger.

-En ce moment c’est un peu le bordel. Je t’y emmènerai d’ici peu.

En premier lieu, il fallait se débarrasser du buste de Benito Mussolini, des baïonnettes et de tout le barda facho qu’elle n’aurait pas vraiment apprécié. »

C’est cette peinture du Libanais, cette révélation des origines du truand et de sa bande qui fait l’intérêt de ce texte qui tient plus de la novella que du roman. Toutefois, vite emballé et parfois un peu bavard, Je suis le Libanais ne tient pas toutes ses promesses et se révèle finalement plutôt frustrant pour le lecteur qui a aimé Romanzo Criminale et s’attendrait à y trouver le même souffle épique. Intéressant mais loin d’être essentiel, Je suis le Libanais reste donc avant tout un livre à réserver aux inconditionnels de De Cataldo.

Giancarlo De Cataldo, Je suis le Libanais (Io sono il Libanese, 2012), Métailié, 2014. Traduit par Paola de Luca et Gisèle Toulouzan.

Du même auteur sur ce blog : Romanzo Criminale ; La saison des massacres ; Suburra ;

Publié dans Noir italien

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Guillome 19/09/2014 11:45

je rejoins ton avis sur ce court roman. J'ai pris tout de même plaisir à le lire !

Yan 21/09/2014 12:22



Oui, ça n'est pas déplaisant. Mais quand même... on est loin de Romanzo criminale.