Le Pays des oubliés, de Michael Farris Smith

Publié le par Yan

Après le prometteur Une pluie sans fin et le très beau Nulle part sur la Terre, c’est avec impatience que l’on attendait la publication d’un troisième roman de Michael Farris Smith. La voilà donc avec ce Pays des oubliés qui s’ouvre sur de très belles pages. On y découvre Jack Boucher, orphelin élevé par une mère adoptive, Maryann, quelque part dans le delta du Mississipi dont le sol « des générations durant avait fait bien des riches et bien plus de pauvres encore. » Jack a vieilli et Maryann aussi. Elle s’éteint lentement, minée par Alzheimer, dans une maison de retraite. Lui, après des décennies à gagner sa vie dans des combats clandestins qui ont brisé son corps et usé son cerveau, ne sait qu’une chose : il doit trouver de l’argent pour payer ses dettes de jeu et éviter que la banque ne mette la main sur la maison de Maryann. Alors il roule vers ce qui va sans doute être son dernier combat, avec un carnet dans lequel il note le nom des gens et ce qu’il a à faire, afin de compenser les trous de mémoire qui minent sa cervelle, et un sac de comprimés divers destinés à tenir à distance les douleurs qui l’accablent.

Voilà donc un splendide décor et des personnages rapidement attachants. Cependant, très vite, Le Pays des oubliés peine à tenir la distance. On a parfois l’impression que Michael Farris Smith est parti d’une ébauche de livre, et surtout de quelques personnages forts, mais n’a pas toujours su comment les mettre en scène. Il multiplie donc les personnages secondaires, la plupart – comme la terrible Big Momma Sweet, Baron le chef du cirque itinérant, Ricky Joe la petite ordure, ou Annette à la recherche de son père – très caricaturaux, sans nuances. Et puis il les lance dans une intrigue qui, pour avancer, accumule trop les rencontres de hasard – Skeely trouve Jack, Baron les trouve, Annette trouve Jack, Ricky Joe retrouve par hasard Jack et Annette… - pour pouvoir rester crédible.

Si l’on s’accroche au roman parce que l’on a trouvé dans Jack et Maryann deux personnages forts et émouvants, à l’image de ceux que l’on avait aimé suivre dans Nulle part sur la Terre, on ne peut nier que l’on a souvent l’impression de s’embourber dans une histoire qui manque de cohérence et donc, en dehors de Jack et Maryann, de chair. En fin de compte, la déception est la hauteur des attentes que l’on pouvait avoir vis-à-vis de ce roman. Espérons que le prochain livre de Michael Farris Smith nous fera oublier les faiblesses de celui-ci.

Michael Farris Smith, Le Pays des oubliés (The Fighter, 2018), Sonatine, 2019. Traduit par Fabrice Pointeau. 250 p.

Du même auteur sur ce blog : Une pluie sans fin ; Nulle part sur la Terre ;

Publié dans Noir américain

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