Sacré Bleu, de Christopher Moore

Publié le par Yan

Disparu des radars depuis quelques années, Christopher Moore refait aujourd’hui surface en France aux éditions des Équateurs avec un roman à la trame que l’on jugera au choix étonnante de la part d’un auteur américain de romans noirs loufoques ou tout à fait normale pour un auteur qui a déjà évoqué pêle-mêle la vie sexuelle des dinosaures (Le lézard lubrique de Melancoly Cove), la réapparition d’Amelia Earhart (Le secret du chant des baleines), le vampirisme (Les dents de l’amour) ou la vie secrète de Jésus (L’agneau).

Le revoilà donc, à Paris cette fois, suivant les pas du jeune boulanger-artiste-peintre Lucien Lessard et de son ami Henri de Toulouse-Lautrec lancés à la recherche de l’assassin de Vincent Van Gogh. Dans le Paris de la deuxième moitié du XIXème siècle, par la grâce d’aller-retour entre 1890-91 et des moments antérieurs (à la louche, de 38000 avant notre ère jusqu’à la Commune, mais quand même surtout dans les décennies précédant la mort de Van Gogh), Moore nous invite à croiser Monet, Renoir, Pissarro, Manet, Whistler ou Berthe Morisot. Car derrière l’extrême foisonnement artistique du Paris de ces années-là, l’auteur américain trouve un motif criminel et surnaturel en rapport avec les pigments servant à la confection du bleu sacré, ce bleu qui servait à peindre le manteau de la Vierge et que vend un étrange « Homme-aux-Couleurs ».

Extrêmement documenté sans avoir l’air d’y toucher, Sacré bleu est un roman étonnant à mi-chemin entre l’enquête et le conte fantastique dans lequel, comme à son habitude, Christopher Moore se plait à déboulonner les statues, à tordre la réalité, et à jouer quelques scènes graveleuses et amusantes à base, entre autre, de modèles coquins, de gnome priapique et d’âne. Dans l’atmosphère jouisseuse des milieux artistiques d’un Montmartre un brin fantasmé, les tribulations de Lessard et Toulouse-Lautrec et celles, en parallèle, de « L’Homme-aux-Couleurs » et de sa complice, le lecteur se plaît à se laisser emporter et passe des moments indéniablement agréables. Plus ambitieux que les derniers romans de Christopher Moore parus chez Calmann-Lévy, plus solide que Le secret du chant des baleines dans lequel l’auteur mêlait avec moins de réussite l’histoire et le fantastique, jouant moins la carte comique qu’Un blues de coyote ou Le lézard lubrique, Sacré bleu ressemble par bien des aspects à un roman de la maturité. Le brin de folie de Moore est toujours là, certes, mais il est certainement plus maîtrisé, au risque parfois, dans un roman relativement long d’accuser quelques baisses de rythme. Des menus défauts sur lesquels on passera sans problème, tout au plaisir de retrouver cet auteur et, pour beaucoup on l’espère, de découvrir son sens de l’absurde et ses talents de conteur.

Christopher Moore, Sacré Bleu (Sacré Bleu. A Comedy d’Art, 2012), Éditions des Équateurs, 2015. Traduit par Luc Baranger. 480 p.

Du même auteur sur ce blog : Le lézard lubrique de Melancholy Cove ; L'agneau ;

Publié dans Noir américain

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holden 19/05/2015 09:32

superbe chronique
dis moi yann, contacte moi , j'aimerai faire un entretien avec c Moore si tu veux en être, ce serait avec plaisir

Yan 19/05/2015 12:46

Merci Holden. Les entretiens, ce n'est pas trop mon fort, mais si j'ai des questions, je t'en fais part. Tu peux aussi me contacter par mail : encoredunoir@orange.fr