L’évangile selon Biff : L’Agneau, de Christopher Moore

Publié le par Yan

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 Alors que l’on s’apprête à célébrer les 2000 ans de l’ère chrétienne, Jésus confie à l’ange Gabriel la mission de retourner sur terre pour ressusciter Levi, dit Biff, le cinquième évangéliste qui n’a toujours pas rendu sa copie. Une copie importante puisqu’elle conte la partie de l’histoire qui manque aux quatre autres évangiles : qu’a fait Jésus entre douze et trente ans ?              

Levons sur le champ toute ambigüité : il s’agit bien d’un livre de Christopher Moore. Il est donc probable que ceux qui chercheraient à vraiment trouver la Vérité dans ces pages, soient un peu déçus.

Si Christopher Moore a fait des recherches sérieuses pour écrire ce livre, le roman n’a lui rien de bien sérieux. Vous y apprendrait comment Jésus (ou plutôt Joshua, dit Josh) s’amusait enfant à ressusciter les lézards que son frère écrasait avec délectation, comment il a appris le kung-fu, quelle relation il entretenait vraiment avec Marie-Madeleine (ou Maggie, pour les intimes), comment il a géré sa puberté…              

Voilà donc à quoi vous devez vous attendre : anachronismes, burlesque, nonsense digne des Monty Python, blagues lourdingues. Bref le minimum syndical pour Christopher Moore et un peu plus encore. Pour vous donner une idée, voici un petit dialogue. Josh vient de guérir miraculeusement Jean le Baptiste (qui, dans le roman, essaie de noyer toute personne qui s’approche d’un plan d’eau ou d’une rivière lorsqu’il est dans le coin) qui admet enfin que son cousin est le Messie :

« -Oui, ce serait mieux de ne parler de ta guérison à personne.

-Mais pourquoi ?

-Il y a deux trois trucs que nous devons trouver avant que Josh commence à être le Messie.

-Quel genre de choses ? demanda Jean au bord des larmes.

-Par exemple, on aimerait bien savoir où il a pu oublier son destin et si… s’il est autorisé à commettre des abominations avec les femmes.

-Ce ne sont pas des abominations si c’est avec une femme, dit Josh.

-Ah bon ?

-Avec les brebis, les chèvres, n’importe quel animal, c’est abominable, mais avec une femme, c’est complètement différent.

-Et avec une femme et une chèvre, c’est quoi ? demanda Jean.

-C’est cinq shekels à Damas, lui répondis-je. Et six si t’as besoin qu’on te donne un coup de main. Joshua m’envoya un coup dans l’épaule.

-C’est des conneries, je sais, mais je n’ai pas pu me retenir ».

Au final, un roman avec quelques longueurs (550 pages quand même) largement compensées par les éclats de rire salutaires dispensés par Jésus et Biff. Il serait dommage de passer à côté.

Christopher Moore, L’Agneau, Gallimard, Série Noire, 2004. Rééd. Folio Policier, 2007. Traduit par Luc Baranger.

Autre chronique du blog à propos d'un livre de Christopher Moore : Le lézard lubrique de Melancholy Cove. ; Sacré Bleu ;

Publié dans Noir américain

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Barthélemy 26/07/2014 14:27

Suite aux commentaires précédents, vais lire ce qui est cité.
L'agneau est un bon bouquin d'ambiance bien amusant et finalement assez bien documenté.
Ce que ça fait chez Folio "policier" en revanche... big mystère...

Jean-Marc Laherrère 29/06/2011 09:09


D'accord avec toi, il y a quand même quelques longueurs, mais aussi Gabriel l'Ange le plus con du cile (qu'on retrouve dans d'autres romans) et quelques bons éclats de rire.
Je reste un inconditionnel des premiers Un Blues de coyote et Le lézard lubrique ...


Yan 29/06/2011 17:10



Je suis moi aussi d'accord avec toi, mes préférés restent le Lézard et le Coyote. Et la Vestale à paillettes d'Alualu, ne serait-ce que pour le titre.