Nager sans se mouiller, de Carlos Salem

Publié le par Yan

 carlos-salem-nager-sans-se-mouillerJuanito Pérez Pérez n’est pas qu’un obscur représentant en matériel médical. Sous l’apparence de cet homme insignifiant se cache Numéro Trois, un tueur à gages d’une redoutable efficacité. Alors que Juan Pérez Pérez emmène ses enfants en vacances, Numéro Trois est réquisitionné par son entreprise pour exécuter un contrat. Le voilà donc parti pour un camp naturiste où est censée se trouver sa cible.

Un tueur à gages ne croit pas aux coïncidences. Pourtant, dans ce camping, Numéro Trois va retrouver son meilleur ami d’enfance, un commissaire pugnace auquel il a déjà eu affaire,  son ex-femme qui occupe l’emplacement voisin du sien et qui semble être l’objet de son contrat, et tomber amoureux de la jeune et séduisante Yolanda. De quoi se poser quelques questions et provoquer une véritable crise existentielle.

 Aller simple  nous avait révélé en la personne de Carlos Salem un auteur atypique à l’écriture à la fois poétique et pétrie d’humour. Nager sans se mouiller est, pourrait-on dire, de la même eau. On y retrouve d’ailleurs aussi un autre thème apparemment essentiel pour cet auteur qui est celui de l’identité. Identité réelle, ou identité fantasmée. Ici Juan Pérez Pérez se rend lui-même insignifiant pour se punir d’une double faute commise envers son meilleur ami, mais aussi pour offrir une meilleure couverture à son autre facette, Numéro Trois. Littéralement mis a nu, il se trouve confronté à une situation qui va le pousser à choisir qui il veut réellement être et à assumer cette personnalité.

Le dévoilement physique précède alors un dévoilement intime plus lent qui donne lieu à autant de scènes à l’humour léger que de moments d’une poésie subtile que Carlos Salem arrive à faire se nicher dans les endroits les plus inattendus.

Déroulant son intrigue à un rythme adapté à la douce torpeur du camp naturiste où réside son héros, l’auteur brosse un portrait bienveillant d’une humanité qui cherche à concilier son essence avec l’existence que la société moderne lui fait mener. Ce faisant, il lance le sous-genre du polar poético-rigolo-existentialiste dont il est le seul, l’unique et, bien entendu, le meilleur représentant dans le système solaire.

Carlos Salem, Nager sans se mouiller (Matar y guardar la ropa, 2008), Actes Sud, 2010. Rééd. Babel Noir, 2011. Traduit par Danielle Schramm.

Du même auteur sur ce blog : Aller simple ; Je reste roi d'Espagne ; Un jambon calibre 45 ; Japonais grillés ;

Publié dans Noir espagnol

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Richard 16/12/2011 21:28

Un auteur que j'aime de plus en plus.
Merci !

Yan 16/12/2011 21:49



Je l'aime aussi beaucoup. Voilà un auteur qui a vraiment sa personnalité propre et un monde à part.