La belle vie, de Matthew Stokoe

Publié le par Yan

labellevieÀ Los Angeles, Jack rêve de partager la vie des célébrités. En attendant, il s’est marié à une prostituée, Karen, et vit dans un appartement minable de Venice. La découverte du cadavre mutilé de Karen ne va pas le moins du monde venir briser les rêves de gloire de Jack. En s’enfonçant de plus en plus profondément dans un monde où se côtoient les vices les plus extrêmes, il va peu à peu tenter de découvrir le meurtrier de Karen tout en essayant de faire en sorte que ses désirs deviennent des réalités.

Inceste, scatologie, nécrophilie, trafic d’organes… La belle vie est un véritable catalogue de perversions décrites avec crudité, sans filtre et sans doute avec le désir d’allier provocation et grand guignol. Car, si certaines scènes sont rudes et même à la limite du supportable, il convient de remarquer que Matthew Stokoe n’est pas dépourvu d’humour et d’ironie.

On l’aura compris, La belle vie n’est pas un livre à mettre en toutes les mains, mais il convient de ne pas s’arrêter à ce côté provocateur qui, en fin de compte, n’est pas ce qui peut le plus mettre le lecteur mal à l’aise. C’est le détachement du narrateur, Jack, obsédé par ses rêves de gloire ou plutôt de reconnaissance, jusqu’à nier sa propre humanité, son détachement face aux perversions auxquelles il est amené à se livrer pour accomplir ce qu’il croît être son destin, qui rend cette lecture douloureuse.

C’est de cela dont parle La belle vie. Du pouvoir de l’image et de l’argent et de la vacuité qui va avec jusqu’à ne plus considérer les autres que comme des objets dont on n’a rien à faire d’autre que de les casser pour montrer que l’on existe soi-même. Et, à ce titre et malgré son image vénéneuse et nihiliste, ce roman apparaît comme éminemment moraliste si ce n’est moralisateur.

En préface, l’éditeur américain de Stokoe regrette « que La belle vie ne soit pas mentionné de manière régulière aux côtés de classiques transgressifs de la satire sociale tels qu’American Psycho ou Fight Club ». On aurait envie de lui répondre que c’est peut-être, justement, parce qu’il est arrivé après eux et ne bénéficie pas de l’effet de surprise, de l’impact, qu’ont eu ces romans-là. Sans doute est-il arrivé un peu tard, en même temps d’ailleurs que montait la téléréalité et sa cohorte d’aspirants à la gloire prêts à tout pour apparaître à la une de la presse tabloïd.

La belle vie n’est donc finalement pas aussi original qu’il en a l’air même s’il n’est pas dénué d’intérêt et peut effectivement trouver sa place quelque part entre American Psycho et Fight Club. Voilà un roman qui demeure toutefois une lecture éprouvante et – on ose l’espérer – ne se cantonne à un simple divertissement trash pour lecteur en manque de sensations fortes.

Merci à Caroline, de Fondu au Noir, pour le prêt. Sa chronique est à lire ICI.

Matthew Stokoe, La belle vie (High Life, 2002), Gallimard, Série Noire, 2012. Traduit par Antoine Chainas.

Publié dans Noir britannique

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Jean-Marc 29/08/2012 09:30

D'accord avec toi, c'est ce vide sidéral dans la tête du personnage qui est effarant. Et même si certains points rapprochent Stokoe d'Incardona, c'est là qu'il y a une énorme différence.

Voilà ce que je disais de Stokoe

http://actu-du-noir.over-blog.com/article-vie-de-merde-99409420.html

d'Incardona

http://actu-du-noir.over-blog.com/article-tele-poubelle-pour-monde-de-merde-103182424.html

Et une petite discussions avec Aurélien Masson et Antoine Chainas à propos du bouquin :

http://actu-du-noir.over-blog.com/article-a-propos-de-la-belle-vie-99500397.html

Yan 29/08/2012 11:30



Oui, il y a une différence assez nette avec Incardona, tout comme d'ailleurs avec American Psycho où le personnage principal est acteur là où chez Stokoe il n'est qu'un spectateur très passif.


Merci en tout cas pour ces liens.


Amitiés.



chris 24/08/2012 12:00

Bonjour, C'est vrai que c'est une lecture très éprouvante pour finalement pas grand chose...un pauvre type qui est prêt à toutes les outrances pour une place sous les spotlights...J'ai donc mis
Stokoe sur ma liste rouge tant j'ai trouvé ces démonstrations putassières;Berk!
j'ai lu au même momoment "Trash Circus",qui un peu dans le même genre, a lui tous les ingrédients d'un bon roman.
Bonne continuation Yan.
C.

Carine-Laure Desguin 23/08/2012 18:51

Coïncidence, j'ai achevé la lecture de ce livre hier soir! Même avis. J'ai lu plusieurs livres de Ellis et on a ici l'impression d'un remake bien moins savoureux. Mais j'ai apprécié cette lecture
pour ces séquences d'une morbidité absolue...Près de moi "Glamorama", que j'attaque dès ce soir.

Yan 23/08/2012 19:41



Vous me direz ce que vous aurez pensé de Glamorama, alors. Pour ma part, j'ai souvenir d'avoir été assez déçu...