Dernier shoot pour l’enfer, de Ludo Sterman

Publié le par Yan

Dernier shoot pour l enfer-c734fJournaliste au Sport, le grand quotidien sportif français, Julian Milner vient d’écrire la biographie d’Angel Novella, héros de l’équipe de France de football championne du monde en 1998 trop tôt décédé. Mais, au lendemain du lancement du livre hagiographique qu’il vient d’écrire, Milner apprend que Sébastien Peyron, autre héros de l’aventure de 1998, s’est suicidé. Poussé par les événements à enquêter sur cette mort, le jeune journaliste sportif se trouve confronté à ses propres manquements à l’étique lorsqu’il découvre les dessous peu ragoutants de l’équipe de France de football. L’occasion pour lui d’enfin faire son travail, même si ce n’est pas du goût de tout le monde, à commencer par ses patrons.

Un héros journaliste sportif, ça change un peu des flics borderline et des grands reporters entraînés dans la spirale infernale des machinations internationales auxquels les lecteurs de polars sont habitués. Ça change parce que s’il est bien un métier dont on peine à penser qu’il comporte des risques, c’est bien celui-ci… Et ça fonctionne plutôt bien tant on se dit que voir des journalistes sportifs dénonçant le sport-business est quelque chose qui relève de la science-fiction. C’est sans doute ce que s’est dit aussi Ludo Sterman, lui-même ancien journaliste à L’Équipe, qui a dû voir ou apprendre pas mal de choses sur les dessous du sport de haut-niveau et avaler quelques couleuvres.

À ce titre, Dernier shoot pour l’enfer (un titre peut-être un peu trop tape à l’œil avec un arrière-goût de série Z), ressemble par bien des aspects à un exutoire pour l’auteur et il est bien difficile pour le lecteur de ne pas imaginer que Ludo Sterman a créé avec Julian Milner une sorte de double idéalisé chargé de faire le boulot que lui-même n’a peut-être pas pu accomplir.

Ceci étant dit, Sterman, pour son premier roman, mène bien sa barque dans le genre roman-documentaire. Non seulement Dernier shoot pour l’enfer se révèle instructif, mais il est de plus assez bien construit pour pousser le lecteur à tourner les pages, à ne pas le lâcher. Le suspense est là et l’auteur réussit à éviter l’écueil du bouquin pour amateurs de foot qui laisserait sur la touche une grande partie du lectorat, à commencer par nous. Pas de longs développements techniques sur ce sport donc, mais plutôt une réflexion sur sa médiatisation, sur les attentes du public et la manière dont ceux qui gèrent cette immense vache à lait s’entendent pour les combler.

Dernier shoot pour l’enfer n’est pas dénué de défauts propres à un premier roman – on lui reprochera en particulier le ton trop autocentré et parfois emphatique de Milner, même s’il caractérise finalement plutôt bien ce personnage qui cherche à enfin agir en accord avec une certaine tradition familiale pour mieux se réaliser et qui fonce égoïstement avec la foi du nouveau converti – mais il se révèle original, bien construit et accrocheur. Il donne en tout cas envie de voir ce que donnera le prochain roman de l’auteur, ce qui est plutôt bien signe.

Ludo Sterman, Dernier shoot pour l’enfer, Fayard Noir, 2012.  

Publié dans Noir français

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