Le polar de l’été, de Luc Chomarat

Publié le par Yan

C’est déjà l’été et le narrateur, en vacances sur la côte atlantique, n’a toujours pas écrit le polar de l’été. Il aimerait bien, pourtant. Auteur de polars français, ce n’est pas vraiment un statut très enviable (« Moi aussi, dit-elle, je vais écrire. Pas des polars, bien sûr. De la littérature. »), mais si au moins il pouvait écrire un polar de l’été, un truc pas vraiment bon, mais qui se vende bien, ça lui permettrait de gagner un peu d’argent. Il pense à ce vieux polar, de ceux que son père collectionnait, Pas de vacances pour les durs, de Paul Terreneuve. Il pourrait en faire une espèce de remake… Et puis sa mère vient de faire une mauvaise chute, il faut qu’il aille la voir à Grinchelieu, du côté de Saint-Étienne, et ce sera l’occasion de remettre la main sur le bouquin de Terreneuve.

On l’aura compris, on ne peut pas faire moins polar que Le polar de l’été, sorte d’exercice ironique d’autofiction qui oscille entre l’humour fin et piquant et récit existentiel mélancolique. On retrouve dans une première partie le Luc Chomarat de L’espion qui venait du livre et d’Un trou dans la toile, son regard narquois, un peu désabusé et lucide sur le statut de la littérature de genre et sa description aiguisée du décalage entre son personnage et le monde tel qu’il est aujourd’hui. Ainsi des situations banales deviennent-elles de purs moments de délicieuse ironie.

Et puis, petit à petit, ce cadre désormais attendu se fendille et laisse de plus en plus de place à une réflexion douce-amère sur le temps qui passe, la mémoire biaisée de l’enfance, la complexité de l’amour filial et fraternel et, tout simplement, le sens que l’on peut donner à sa vie quand on s’aperçoit que l’on a vieilli comme par inadvertance.

Cette façon de retourner le récit, d’amener le lecteur là où il ne s’attendait pas à aller qui est la marque de Chomarat dépasse ici plus que dans ses romans précédents – même si cela devenait plus évident dans Un trou dans la toile – l’humour subtil et plaisant pour entrer de plain-pied dans une dimension bien plus intime et touchante sans pour autant abandonner le recul et la touche de dérision qui permettent de ne pas rendre tout cela pesant. Le polar de l’été arrive ainsi à conserver un équilibre subtil qui lui permet d’éviter l’écueil du nombrilisme sans verser dans un cynisme gratuit ; c’est ce qui en fait un beau roman.

Luc Chomarat, Le polar de l’été, La Manufacture de Livres, 2017

Du même auteur sur ce blog : L’espion qui venait du livre ; Un trou dans la toile ;

Publié dans Littérature "blanche"

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