Tes yeux dans une ville grise, de Martín Mucha

Publié le par Yan

tesyeuxAprès quelques mois de fréquentation, on n’est plus surpris d’être surpris par les éditions Asphalte qui, cette fois, sont allées dégoter un jeune auteur péruvien.

C’est Lima que nous donne à voir Martín Mucha dans Tes yeux dans une ville grise. Une ville donc, qui n’est pas de carte postale et des yeux, ceux de Jeremías qui traverse chaque jour Lima dans un combi dédié aux transports collectifs pour aller à l’université, qui la regarde dans sa cruelle nudité. Pas de fard, donc, pour décrire une cité bien loin de l’image que pourrait laisser supposer la publicité faite au boom économique des années 2000 au Pérou.

Une ville donc coupée en deux, littéralement, entre les très pauvres et les très riches et un Jeremías avec un pied de chaque côté de la barrière et un profond dégoût qui semble l’anesthésier mais n’ôte rien à la lucidité du narrateur.

Au travers des tranches de vies, éclats du quotidien, résurgences de souvenirs, Jeremías dit la souffrance et le mal-être qui l’habitent parce qu’il habite ici, là-dedans. La Lima qui apparaît est surtout prison, nasse, asile de fous.

Certes, on commence à connaître le procédé littéraire qu’utilise Mucha, fait de flashes et de flashback qui, en s’accumulant, donnent ce sentiment de trop plein, d’inéluctabilité de la violence morale. Un procédé qui, mal maîtrisé, peut aboutir au pire mais que Mucha domine grâce à une écriture précise et concise qui donne de la chair au récit et permet au lecteur de véritablement s’immerger dans l’esprit du narrateur et de partager son regard.

Gris, comme son titre l’indique, voilà un roman à vous rendre neurasthénique[1] mais dont la beauté vaut bien que l’on s’offre un petit coup de blues.

Martín Mucha, Tes yeux dans une ville grise (Tus ojos en una ciudad gris, 2011), Asphalte, 2013. Traduit par Antonia García Castro.

 

[1] On trouve même, dans la traditionnelle playlist de l’auteur qu’offrent les éditions Asphaltes en fin de roman, Indochine et The Cure ; c’est dire ce que Lima peut engendrer de laideur.

Publié dans Noir latino-américain

Commenter cet article

wollanup 21/01/2013 13:27

Bonjour,
Je ne dois pas avoir tout saisi...mais Cure,c'est tout sauf laid pour moi!

Yan 21/01/2013 15:26



On m'a dit la même chose d'Indochine. Pour moi, Cure, ça fait partie pires moments musicaux de mes années collège, une musique de la dépression. Adaptée au roman en tout cas.